Chapitre XXXX ***

Chapitre XXXX ***
CHAPITRE EN COURS D'ECRITURE.

# Posté le mercredi 24 juin 2009 12:20

Modifié le vendredi 28 août 2009 15:17

Chapitre XXXIIX« Encore une fois, s'il te plaît, raconte-moi... »

Souvenirs, Souvenirs . . .

Il pleut. Allez savoir pourquoi, mais cela commence toujours comme ça. Enfin, pour elle, en tout cas. Il pleut, et elle descends les deux étages du manoir familial en courant. Elle déboule dehors, habillée d'un jean bleu foncé, d'un sweat à capuche noir et de ses éternelles Converses noires. Elle a seize ans, et, à cette époque-là, elle passe tout son temps dans le grenier. Elle s'est même mise à y manger et à y dormir. Ses parents ne comprennent pas pourquoi elle aime tant cette pièce pleine de poussière et de pénombre. Mais c'est justement ça qui fait le charme de cette pièce. Elle est aussi sombre que son esprit d'adolescente. Elle lève la tête et la pluie vient frapper ses joues avec violence. Orage, ou pas ? Son regard émeraude est bien trop sombre, et ce n'est pas à cause de l'état du ciel. Il est vrai que son regard change selon les températures et la lumière, mais pas cette fois-ci. Non, cette fois, c'est la colère qui a fait disparaître l'éclat de vie de l'émeraude. Elle n'est dehors que depuis quelques secondes, mais déjà son visage et ses cheveux sont trempés. A l'époque, elle a les cheveux blonds et très bouclés, surtout s'ils sont mouillés. Mais là, à cet instant, le fait de ressembler à un caniche ne la préoccupe vraiment pas. Elle s'en fiche, et pour cause, elle a autre chose en tête. Elle baisse la tête, regarde autour d'elle. Il y a des feuilles un peu partout, et l'allée est noyée sous les flaques d'eau. Un léger sourire se dessine sur ses lèvres et elle reprend sa course. Elle traverse les flaques en courant, et s'engage dans la rue. Elle coure un bon moment, jusqu'à arriver à côté d'un parc. Là, elle s'arrête, reprend son souffle et sort un étrange paquet de sa poche. Son regard émeraude se pose dessus, et elle le scrute, un long moment. Un paquet de cigarette. La première cigarette de sa vie, et la dernière. Elle tire une cigarette du paquet, range celui-ci dans la poche de son sweat et sort un briquet d'une autre poche. Elle relève la tête vers le ciel, reçoit à nouveau une myriade de gouttes, puis glisse la cigarette entre ses lèvres. Elle approche ses mains et l'allume avec une facilité déconcertante. Elle tire sa première bouffée de nicotine, tousse légèrement mais apprécie immédiatement la saveur du tabac. Elle range le briquet dans sa poche, et entre à l'intérieur du parc. Elle marche sous cette pluie battante, tout en fumant doucement. Elle déguste cette cigarette, et elle a bien raison, car cet instant sera unique. Elle avance tranquillement à travers les différentes allées du parc, elle se prépare aux prochains événements de la nuit. Elle s'est fait son propre programme, tout est prêt, elle n'a plus qu'à tout mettre à exécution. La cigarette n'est que l'étape numéro trois. Eh oui, parce qu'avant il a fallu trouver un prétexte pour sortir, puis réussir à sortir, et arriver jusqu'ici, afin de pouvoir allumer la cigarette. C'est vrai qu'il y a deux jours, il lui avait fallu voler un paquet de cigarette à son père, mais cela ne faisait pas parti du programme de la nuit, alors elle avait déjà presque oublié ce petit passage. Enfin. Elle est plongée dans ses pensées, à contempler le ciel, la pénombre du parc, ou encore le bout de sa cigarette. Elle est pensive, concentrée, et elle oublie tout. Elle oublie qu'elle est en plein coeur de Paris, elle oublie que dans quelques minutes à peine, juste après cette cigarette, elle tentera de se jeter du pont le plus proche. Elle continue d'avancer, sa main droite dans la poche de son sweat, et la gauche tenant la cigarette. Ses cheveux blonds voltigent dans tous les sens, et les quelques éclats de Lune leur offre une certaine brillance. Si elle écrasait cette cigarette, rangeait ses mains dans ses poches et s'appuyait sous un réverbère, elle aurait l'air d'un ange déchu. Mais elle ne le fera pas. Elle continue de fumer, tirant lentement sur sa cigarette et l'appréciant à sa juste valeur, tout en avançant. Elle passe sous un arbre, un saule pleureur me semble t-il, toujours plongée dans ses réflexions. Mais elle n'imagine pas, elle ne se doute pas un seul instant, qu'elle vient de passer sous son âme soeur. En effet, elle n'est pas seule dans ce parc. Elle n'est pas seule dans cette allée ; et si seulement elle avait daigné se retourner, l'espace d'une seconde, et de lever la tête - comme elle l'avait fait auparavant, pour admirer le ciel - ; alors, elle l'aurait découvert. Alors, elle aurait croisé son regard, et elle n'aurait plus eût envie d'exécuter la suite de son programme. Mais, là encore, elle ne se retourne pas, et rien ne se passe. Enfin, en apparence. Elle quitte le parc, laisse tomber le filtre de sa cigarette dans une flaque et fourre ses mains dans les poches de son sweat. Elle aurait pu mettre sa capuche, aussi, mais elle aime la pluie. Elle en est dingue. Et quand il pleut, particulièrement lors de ces grandes averses - comme celle-ci -, elle est joyeuse. Enfin, en temps normal... Car comment dire qu'elle est joyeuse, cette nuit, sous cette pluie battante, avec cette idée de suicide en tête ? Impossible. Disons simplement qu'elle est compliquée. Non, en fait, ce n'est pas elle ; c'est la vie qui est compliquée. Eh oui, c'est toujours plus facile de remettre ça sur le dos de quelqu'un d'autre. Bref, toujours est-il qu'elle continue sa route, comme prévu. Elle continue d'avancer, en direction du pont cette fois, sans savoir qu'elle est suivie. Oh, il n'est pas bien loin... Trois ou quatre mètres, tout au plus. Mais il est là, et c'est l'essentiel. Oui, ce soir, c'est LUI, l'essentiel. Mais ça, notre amie ne le sait pas encore. Bon, je sais, je traîne... Très bien, elle arrive sur le pont, avance jusqu'à parvenir à peu près au milieu - là où le saut est le plus long -, puis s'arrête. Elle s'approche du muret de pierre qui borde le pont, pose ses mains à plats dessus, et se penche en avant. L'eau est noire en dessous, et le courant est puissant. Ah, et, heum... Il y a au moins une chute d'une quinzaine de mètres, avant d'attérir dans l'eau. Mais ça, ça ne lui fait pas peur. Elle relève la tête vers le ciel, regarde un éclair zébrer le ciel, et se dit à elle-même qu'elle n'a plus peur de rien. C'est vrai quoi, enfant, elle était terrorisée par les orages. Et voilà où elle en est, aujourd'hui... Bref, elle enjambe le muret et s'assoit dessus. Les pieds dans le vide, elle prend une grande bouffée d'air frais et ferme les yeux. Seulement voilà... Comme cela ne se passe jamais exactement comme elle l'a prévu, celui qui la suivait est là, à quelques pas d'elle, une main sur le muret, et il l'observe de son regard chocolat flambé.

« Ne fais pas ça. »

Cette voix, elle ne la connaît pas. Pourtant, à l'entende de ce timbre, tout son corps frissonne et ses doigts manquent de lâcher leur prise sur le muret. Elle tourne la tête, et pour la première fois de sa vie, elle le voit. Il est à un mètre d'elle, sa main gauche posée sur le muret, et son regard fixé sur elle. Et elle le croise, ce regard. Et là, c'est une véritable décharge électrique. Il est si vif, si expressif, qu'elle arrive à y lire, malgré la distance, la pluie, et malgré qu'elle ne le connaisse pas beaucoup, qu'il s'inquiète pour elle. Quoi ? Cet inconnu s'inquiète pour elle ? Non, c'est stupide. Elle secoue légèrement la tête, et le regarde davantage. Il est assez grand, il porte un pantalon noir et un t-shirt à manches courtes blanc. Et bien sûr... Et bien sûr, il est trempé, donc elle peut aisément admirer la musculature de son torse et de ses bras. Et il est... Il est particulièrement bien fait. Elle repose son regard émeraude sur son visage, et elle se détaille ses traits. Ceux-ci sont fins, ses lèvres sont rosées et attirantes, et elle aime beaucoup la forme de ses sourcils noirs. Les cheveux du jeune homme sont assez longs, ils tombent en cascade sur ses épaules, et eux aussi, ils sont noirs. Mais le visage de ce jeune homme est tiré, et elle sait reconnaître cette expression ; c'est celle qui s'apparente à l'inquiétude, à la peur. A nouveau, elle trouve cela complètement stupide, et elle secoue légèrement la tête pour chasser ces pensées. Il avance d'un pas, et c'est ce qui la sort de sa petite observation. Elle fronce les sourcils, et le fusille du regard. Il s'arrête net, lève les mains devant son torse et la petite flamme qui lui sert de regard se fait douce. Alors, pour la première fois, elle ouvre la bouche.

« Qu'est-ce que vous faîtes ici ? »

Wouah. Là, c'est à lui d'en prendre un coup. Cette voix ! Elle... Elle a une voix si... Il secoue la tête, baisse les mains avant d'en passer une dans ses cheveux. Elle continue de l'observer avec ferveur ; elle attends une réponse. Son regard émeraude a retrouvé un éclat qui lui est bien familier ; l'éclat de la curiosité. Il ne l'avouera jamais, mais ses jambes se mettent soudain à trembler et c'est pour cette raison qu'il repose ses mains sur le muret. Et elle, elle, elle le fixe littéralement. Il a du mal à reprendre ses esprits, et ce n'est qu'après avoir jeté un oeil à l'eau sous le pont qu'il retrouve la force de croiser son regard. Nouvelle décharge électrique, et il esquisse un léger sourire ; ce qui provoque un froncement de sourcil plus accentué du côté de notre amie. Elle ne comprends pas ce qu'il fait là, et pourquoi il se comporte ainsi.

« Je peux moi-même te retourner cette question. Et puis, j'en ai une autre ; pourquoi veux-tu sauter ? Tu as laissé tombé quelque chose au fond, c'est ça ? Dans ce cas, tu sais, je suis désolé, mais le courant a dû l'emporter depuis un moment... Ou.. A moins que cela soit une activité que tu affectionnes particulièrement ; plonger dans la Seine, lors d'un orage, en pleine nuit ? Est-ce que tu fais ça souvent ? »

Bien sûr, c'était ironique. Et heureusement pour lui, car sinon, elle l'aurait sûrement tué sur place ! Au moins, il aura réussit à lui tirer une expression inconcevable lors de ce genre de situation ; la jeune adolescente écarquille les yeux et son regard émeraude retrouve un vert un peu plus clair. Qu'est-ce qui lui arrive, à ce jeune homme ? C'est à peu près la pensée qui lui traverse l'esprit. Peut-être était-il dingue... Heum, enfin, tu m'excuses, mais entre une suicidaire et un humoriste... C'est qui le dingue, hein? Bref! Toujours est-il qu'il a ce qu'il veut ; il a réussit à attirer son attention. Et cette fois, elle ne se contente plus de le fixer, elle est complètement concentrée sur lui. Alors, il se permet une petite folie, il s'approche d'un nouveau pas. Et comme elle ne bouge pas (Et que je traîne encore... xD =) ), il avance jusqu'à elle. Bientôt, il se retrouve derrière elle, et elle gigote vivement. Ses doigts glissent sur la pierre humide, et elle manque de glisser du muret. Seulement, c'est sans compter la présence de son nouveau Ange Gardien... Qui ne manque pas de la rattraper, en glissant ses bras musclés autour de sa taille. Et là, - et cette fois, c'est elle qui ne l'avouera jamais -, elle se surprend à apprécier ce contact. Malgré son sweat, elle sent la chaleur de la peau du jeune homme, et cela l'attire énormément. Enfin, ça ne fait pas que l'attirer, hein, ça la rassure aussi... Mais quand on a seize ans, qu'on essaye de se suicider, et qu'un joli jeune homme vous rattrape avec ses bras musclés - et nus ! -, avouez qu'il y a de quoi être toute chamboulée... C'est donc tout naturellement, et avec une lenteur presque pesante, qu'elle tourne la tête vers lui. Ils échangent un nouveau regard, et cette fois, ce n'est pas une décharge électrique, mais un véritable frisson qui la traverse. Elle tremble à nouveau de tous ses membres, et elle reçoit quelques gouttes de pluie, venant des cheveux du jeune homme, tant ils sont proches. Il fronce les soucrils, et lui frictionne tendrement le dos. Ce geste provoque une nouvelle vague de tremblements, et elle retient même sa mâchoire, prise d'une envie soudaine de claquer. Elle serre les dents, et resserre ses doigts sur le muret. Son regard émeraude fixe le regard chocolat flambé du jeune homme, et ils restent un moment ainsi, jusqu'à ce qu'elle ouvre la bouche, doucement, dans un murmure.

« La raison de ma présence ici me regarde, tout comme mon désir d'escapade nautique. Mais... Il y a quelque chose qui me concerne aussi, et j'aimerais avoir une réponse à ma question. Pourquoi vous comportez-vous de cette façon avec moi ? Que faîtes-vous là, sur ce pont, en pleine nuit, avec une suicidaire ? Pourquoi n'êtes-vous pas chez vous, au chaud, dans votre lit ? »

Et cette fois, la réponse ne se fit pas vraiment attendre. Un léger soupir s'échappe des lèvres du jeune homme, et il plonge davantage son regard dans le sien, en lui répondant.

« Escapade nautique, ou tentative de suicide ? Il faudrait peut-être que tu te décides sur le qualificatif... »

Inutile de décrire la réaction de la jeune adolescente. Yeux levés au ciel, soupir, léger sourire... Et finalement, lui aussi il sourit, et ils finissent même par éclater de rire. Il l'attrape davantage, l'attire contre lui et la soulève pour la déposer à quelques centimètres de lui, sur le sol. Elle est là, ses bras encore entourés autour du cou du jeune homme, sa poitrine presque collée à son torse humide. Ses vêtements à elle aussi sont trempés, mais puisqu'elle a choisit des couleurs sombres... Il ne peut qu'admirer ses courbes féminines, qui ressortent un peu plus, malgré tout. Et elle est joliment faite, cette adolescente. Elle est magnifique, même, et ça, il ne vient pas de s'en rendre compte. Il le sait depuis l'instant où elle est passée sous ses pieds, lorsqu'il était debout sur une branche du saule pleureur.

« Peut-être qu'il s'agit un peu des deux. Peut-être était-ce un simple appel au secours...
- Y ais-je bien répondu, dans ce cas ?
- Cela se pourrait, en effet... »

Sa voix douce s'éteint, et ils laissent parler leurs regards. Son regard émeraude est sublime. Son vert flamboie, il est vif et presque liquide. Son regard noisette brille de mille feux ; petite flamme, petite étoile au milieu de cette nuit sombre et orageuse. D'ailleurs, en parlant d'orage... Un violent coup de tonnerre résonne à leurs oreilles, et la jeune adolescente se colle brusquement contre le torse de son Ange. Celui-ci esquisse un sourire, et l'entoure davantage de ses bras. Elle murmure quelques mots, il ne comprends pas tout ; seulement qu'elle est confuse. Il dépose un baiser sur le sommet de son crâne, et elle ferme les yeux à ce contact, à cette idée qui lui traverse brusquement l'esprit... Et à ce coeur, qui se met à cogner violemment contre sa cage thoracique. Si violemment que cela lui coupe la respiration, durant une dizaine de secondes. Et c'est parce qu'il l'entends reprendre une plus grande inspiration qu'il s'écarte un peu d'elle, afin de poser son regard sur son visage. A nouveau, leurs regards se croisent, et aucun d'eux n'ose interrompre sa contemplation de l'autre. Pourtant, il aimerait lui demander si elle va bien, il aimerait lui demander son prénom... Mais il n'ose pas, et une de ses mains se glisse dans les cheveux blonds de l'adolescente. Elle ferme les yeux à ce contact, l'apprécie au maximum, le grave dans sa mémoire, et ré-ouvre brusquement les yeux, lorsqu'elle sent la chaleur de la peau du jeune homme contre sa chaleur à elle ; sa main masculine sur sa joue humide. Elle apprécie à nouveau ce contact, et plonge son regard dans le sien. Il est plus grand qu'elle d'environ... Dix, quinze centimètres. Mais cela ne la dérange pas ; bien au contraire !

« J'aimerais savoir ton nom.
- Hélya. Hélya Elisabeth Mary Connors. Et vous êtes ?
- Tutoie-moi, s'il te plaît. Je me nomme Alecthy Grégory William Johnson.
- Enchantée de vous rencontrer, Alecthy.
- Tutoie-moi, je t'en prie !
- Non, hors de question.
- Pourquoi ne m'accorde-tu pas cet honneur ?
- Un... Un honneur ? S'étonne t-elle, en fronçant les sourcils.
- Me tutoyer, c'est reconnaître ces sentiments d'amitié que tu éprouves à mon égard.
- Ah, parce que, c'est de l'amitié ? S'écrie t-elle presque, avant de se rencontre compte qu'elle a pensé tout haut. Heum.. J'ai... Rien.. Dis.. Hein!
- J'aimerais que tu me promettes quelque chose.
- Dîtes-moi... ?
- Promets-moi de ne jamais recommencer. De ne plus jamais te mettre en danger, de ne plus jamais tenter de mettre fin à tes jours.
- Pourquoi ?
- Parce que la vie est belle, Hélya, parce qu'elle mérite d'être vécue pleinement.
- Peut-être pour vous. Réplique t-elle, avant de reculer d'un pas et de croiser ses bras contre sa poitrine. Mais pas pour moi.
- Arrête de me vouvoyer, je t'en prie ! Dit-il, en la suppliant presque du regard. Écoute-moi ! La vie est belle, Hélya ! Elle est belle ! Tu dois vivre, qu'importe si l'année que tu vis en ce moment est difficile...
- Difficile ? Qu'est-ce que vous en savez, d'abord ?! S'écrie t-elle presque, en reculant à nouveau.
- L'amitié et l'amour sont là pour rendre la vie plus agréable ! Apprécie au moins ça !
- Encore faut-il en recevoir !
- Oh non, ne me dis pas ça... Ne me dis pas cette absurdité, car je ne peux te croire. Lui dit-il, en avançant vers elle.
- Vous avez raison ! Ne me croyez pas, et laissez-moi sauter ! Réplique t-elle, avant d'enjamber le muret d'un geste brusque, et de se retrouver à nouveau les pieds dans le vide.
- Bon. Soupire t-il, avant de regarder le muret, l'eau et la jeune adolescente, à tour de rôle. Allons-y, sautons !
- QUOI ? S'époumone t-elle, alors qu'il enjambe le muret avant de s'installer à côté d'elle. Noon !
- Eh bien, quoi ? Tu as peur de sauter, maintenant ?
- Non ! Vous ne pouvez pas faire ça !
- Et quoi donc ?
- Vous tuer en accompagnant une suicidaire, une parfaite inconnue !
- Tu n'est pas une inconnue, Hélya. De plus... De plus, je te tutoie depuis pas mal de temps déjà, ce qui signifie que je reconnais l'amitié profonde que j'éprouve pour toi. Hors, un ami ne laisserait jamais son amie sauter, sauf peut-être s'il a le droit de sauter avec elle. Lui explique t-il, calmement, avant de regarder l'eau, puis la jeune adolescente. Alors Hélya, on dirait bien que si tu meurs, je meurs...
- Je ne désire pas votre mort !
- Mais cesse donc de me vouvoyer ! Soupire t-il, avant d'ajouter, un ton plus bas : Et puis, moi non plus, je ne veux pas mourir...
- Alors remonte sur ce pont ! S'écrie t-elle, les sourcils froncés, son regard émeraude plus vif que jamais.
- ENFIN ! S'écrie t-il d'une voix joyeuse, avant de laisser échapper un petit gémissement de satisfaction. Que c'est agréable !
- Remonte sur ce pont. Répète t-elle, d'un ton sec, accompagné d'un regard autoritaire.
- Pas sans toi. Réplique t-il, avant de lâcher une de ses mains et de la lui tendre. Prends-la. »

Oulalala... Ils sont bien compliqués, n'est-ce pas ? Eh oui, Hélya n'est pas du genre à faire simple... Et Alecthy aime tout particulièrement rentrer dans son petit jeu. Voilà comment une longue histoire commence. Toujours est-il qu'Hélya observe cette main tendue dans sa direction, et qu'elle se pose cette question : Devrais-je la prendre, ou sauter ? Elle était à peu près sûre que si elle arrivait à sauter avant lui, il n'aurait pas le courage de la suivre. Et pourtant, elle avait tord. Mais heureusement, pour une fois, elle a décidé d'agir dans le bon sens. La simplicité a du bon, Hélya, et tu vas devoir l'apprendre ! Aussi, doucement, elle glisse sa main dans celle du jeune homme, qui s'empresse de la serrer avec tendresse. Et puis, les voilà partis dans une grande aventure ; remonter sur le pont. La tâche leur prit une bonne dizaine de minutes, mais une fois les quatre pieds posés sur le sol, ils parurent tous deux soulagés. Cependant, Alecthy n'a pas dit son dernier mot. Alors, il attire doucement la jeune adolescente contre lui, plonge son regard chocolat dans le sien et réussit enfin à lui faire sortir les mots qu'il attendait ; cette fameuse promesse. Plus jamais ça ; plus de tentatives, plus d'idées noires. Et elle est là, presque collée contre son torse, complètement perturbée. Et puis, je ne vous en ai pas vraiment parlé, parce que j'étais occupée à autre chose, mais pendant que nos deux amis s'amusaient sur le muret, l'orage a cessé. A présent, c'est une pluie fine qui tombe, et le vent est beaucoup plus doux. C'est... Agréable. Hélya l'observe, elle est hypnotisée par son regard, et par l'attraction physique qu'il y a entre eux. Tout cela est très impressionnant pour elle, car nouveau. Lui semble être un peu plus à l'aise, mais c'est uniquement car il sait mieux gérer ses émotions et qu'il a deux années de plus qu'elle. Enfin, je ne vais peut-être pas les laisser là jusqu'à la fin des temps... Alors, je vais vous raconter la suite. Ils étaient là, sur ce pont, à s'admirer, ou plutôt, à se couver des yeux, quand arriva ce qui devait arriver... Alecthy rapprocha son visage de celui de la jeune adolescente, et il déposa un premier baiser sur son front, avant de se noyer dans son regard quelques secondes, puis d'approcher lentement ses lèvres des siennes. Le baiser fut lent, doux, et dura plusieurs secondes.

« Est-ce cela, l'amitié profonde dont vous me parliez, Monsieur Johnson ?
- Oh ! Non, alors ! Tu replonges... Moi qui te croyais guérie... Dit-il, avant d'afficher une mine triste.
- Je crois que vous allez devoir me soigner... »

Sa voix est douce et provocante. Alecthy rentre dans son petit jeu immédiatement, et dépose ses lèvres sur les siennes. Il l'embrasse tendrement, elle se hisse sur la pointe de ses pieds et entoure le cou du jeune homme de ses bras. Je vous passe certains détails, mais toujours est-il que cette nuit-là, ils s'aimèrent véritablement. Oh, n'allez pas croire qu'ils... Qu'ils aient pu faire des choses peu catholiques [Clin d'oeil à Béné =)], car ils étaient dans un lieu public, et ne se connaissaient pas assez pour aller si loin... Mais, cependant, ils ne cessèrent de se câliner avec tendresse. Cela dura un certain temps... Mais eux ne s'en rendirent même pas compte, car ils avaient tous deux perdu la notion du temps, depuis que leurs regards s'étaient croisés... Et puis, Alecthy sépare leurs lèvres, et s'adresse à elle, paroles lourdes de promesses :

« Jamais je ne t'abandonnerais. Tu n'est plus seule à présent. Je suis prêt à te donner tout l'amour du monde. Je t'aime. »

Et voilà comment Alecthy & Hélya se sont aimés. Et voilà comment les ennuis ont commencés.

Lentement, très lentement, elle ouvre les yeux. Son regard ambre se pose sur le plafond, glisse doucement sur le mur, admirant au passage la tapisserie de fleurs rouges, avant d'effleurer les rideaux en taffetas assortis aux murs. Ils sont d'un rouge profond, mais ils rayonnent grâce aux rayons de soleil qui filtrent légèrement à travers le tissu. Un soupir s'échappe de ses lèvres, et elle repousse ses draps rubis. Elle s'assoit, déposant doucement ses pieds nus sur la moquette blanche, puis se lève. Elle s'étire, levant les bras vers le plafond et se mettant sur la pointe de ses pieds. Elle bâille, passe une main dans ses cheveux puis traverse la pièce. Elle ouvre la porte de sa chambre, jette un oeil dans le couloir et bâille à nouveau. Elle descend les escaliers en jouant avec les boucles de ses cheveux bruns. L'année dernière encore, ils étaient blonds... Un blond tirant vers le brun, certes, mais plus clair qu'à cet instant. Elle entre dans la cuisine, la traverse d'un pas rapide et jette un oeil dans le salon. Ses sourcils se froncent brusquement, lorsqu'elle reconnaît la silhouette allongée sur le canapé. La fillette se précipite aux côtés du meuble, et se penche en avant. Son regard ambre scrute le visage de cette personne, et ses lèvres s'étirent en un beau et joyeux sourire. Elle dépose une main sur l'épaule de leur visiteur, et le secoue légèrement. Quelques secondes plus tard, le jeune homme bâille et se retourne vers elle. Abbygaël sourit de toutes ses dents et dépose un tendre baiser sur le front de son oncle. Le jeune homme ouvre les yeux, et son visage s'éclaire immédiatement. Il tend les bras, et la fillette s'y fourre aussitôt. Elle se serre contre lui, respire l'odeur particulière de son oncle et ferme les yeux. Elle se rendort dans les bras sécurisant et forts de son oncle. Elle se plonge dans un rêve... D'abord calme, puis mouvementé. Très vite, la jeune enfant s'agite, et des gémissements s'échappent de ses lèvres. Elle réveille son oncle, qui la serre davantage contre son torse et tente de la calmer. Abbygaël est plongée dans un profond sommeil, prisonnière de son cauchemar. Le jeune homme tente de la calmer, puis de la réveiller. Mais il n'y parvient pas, et la fillette gémit davantage. Le jeune homme se redresse, prend la fillette sur ses genoux et tente en vain de l'éveiller. Il embrasse son front, la secoue doucement, lui parle. Abbygaël continue de gémir, et elle gigote énormément. Le jeune homme la serre contre son torse et se lève. Il se dirige vers la cuisine, où il attrape un torchon. D'une main, il l'humidifie en le glissant sous le mélangeur de l'évier. Cela fait, il resserre son emprise autour du petit corps de sa nièce, et dépose le torchon sur son front. Il le glisse sur son front, dans son cou, dans sa nuque. Bien vite, Abbygaël gémit et est tirée de son violent cauchemar. La fillette ouvre les yeux, son oncle jette le torchon dans l'évier et la serre contre lui. Il embrasse son front tendrement, et retourne dans le salon. Il l'installe sur le canapé, l'entoure d'une couverture puis de ses bras. La fillette l'observe de son regard ambré, elle a fait un cauchemar, un horrible cauchemar, et elle s'en souvient parfaitement. Elle espère juste qu'il disparaîtra d'ici quelques heures ; car il n'est pas comme ces rêves qu'elle cherche sans cesse à retrouver... Non, celui-là, tout ce qu'elle veut, c'est le chasser de sa mémoire. Abbygaël se blottit contre le torse de son oncle, respire à nouveau son odeur, mais ne ferme pas les yeux ; elle a peur de se replonger dans son cauchemar. Alors, elle joue doucement de ses doigts sur le biceps musclé de son oncle. Celui-ci sourit doucement, et se met à la bercer. Abbygaël laisse sa tête s'installer contre le pectoral du jeune homme, mais elle ne ferme pas les yeux. Elle se détend, respire à plein poumons l'odeur de son oncle, et continue de caresser son biceps du bout des doigts. Le jeune homme sourit et la regarde faire avec tendresse. Quelques minutes s'écoulent, dix ou peut-être quinze, et des bruits de pas résonnent à leurs oreilles. Quelqu'un descend les escaliers, entre dans la cuisine, bâille, soupir, puis entre dans le salon, une main sur la tête. Aussitôt, Abbygaël se décolle de son oncle, et elle sourit en reconnaissant sa tante. Hélya termine de passer sa main dans ses cheveux et pose son regard émeraude sur le canapé. Là, elle découvre sa nièce et... Et un jeune homme, qu'elle reconnaît aussitôt. Son bras retombe le long de son corps, ses yeux s'écarquillent et elle reste un moment figée. Abbygaël se lève, retire la couverture et la dépose sur le canapé, avant de se précipiter vers sa tante. Arrivée à ses côtés, la fillette se met sur la pointe des pieds et tend les bras. Hélya l'attrape doucement, embrasse ses joues et la serre contre elle. Elle s'avance vers le canapé, et son regard croise le regard noisette de son visiteur. Il lui sourit de toutes ses dents, et elle ne bouge pas, incapable de savoir comment réagir. Le jeune homme se lève, repousse une couverture, et se tient face à elle. Hélya dépose Abbygaël sur le sol, lui demande de rejoindre la cuisine pour le petit déjeuné, et croise les bras sur sa poitrine. Le jeune homme suit la fillette du regard, puis reporte son attention à la jeune femme. Hélya avance d'un pas, jette un rapide coup d'oeil en direction de la cuisine, puis plonge son regard émeraude dans celui du jeune homme.

« Qu'est-ce que tu fais ici ?
– J'ai encore une promesse à tenir, me semble-t-il. Annonce t-il, en posant son regard sur le ventre bien arrondi de la jeune femme.
– Je suis enceinte de huit mois. Déclare t-elle, en caressant machinalement son ventre. J'espère tenir encore quelques semaines.
– Tu sais comme moi que tu ne tiendras plus très longtemps.
– Qu'est-ce que tu en sais ? Est-tu dans mon corps ?
– Certes, non, mais cela n'empêche rien. Je sais que tu es allée voir le gynécologue, il y a deux jours et...
– Chut ! Le coupe t-elle, en posant sa main libre sur la bouche du jeune homme et en fronçant les sourcils. Elle se met à murmurer : Comment le sais-tu ?
– Les murs ont des oreilles. Lui murmure t-il, après avoir approché sa bouche de l'oreille de la jeune femme.
– Jusqu'en Italie ?! Réplique t-elle, sur le même ton, les sourcils toujours froncés.
– Dans le Monde entier. Ils se parlent entre eux, tu sais... Explique t-il, un léger sourire au lèvres, avant d'attraper une mèche brune de la jeune femme et de jouer avec. Les murs racontent souvent des histoires... Pas toujours vraies, mais lorsqu'on leur demande un service particulier... Ils le réalisent avec assiduité. Seulement, il n'est pas permis à tout le monde de savoir écouter les murs...
– Et tu fais parti de ces gens-là, de ceux qui peuvent les entendre. Conclue t-elle, avant de lever légèrement les yeux au ciel, puis de les reposer sur le jeune homme. Te crois-tu capable de me faire avaler des salades pareilles ?
– Je ne sais pas... Commence t-il, d'une voix sensuelle, toujours en murmurant et en jouant avec la mèche brune de la demoiselle. Peut-être.
– Eh bien non ! Quel dommage... Lance t-elle, un ton plus haut, tous sourires»

Là s'arrête le dialogue. Hélya pose ses mains sur le torse du jeune homme, toujours aussi souriante, et le repousse légèrement. Alecthy recule de quelques centimètres, et la jeune femme quitte la pièce. Elle entre dans la cuisine au moment où sa soeur descend l'escalier. Hélya s'approche du frigo, l'ouvre et en sort une brique de lait. Elle attrape deux verres et dépose le tout sur la table, où est déjà installée sa nièce. Hélya remplit les verres à moitié puis referme la brique de lait. Hélèna entre dans la cuisine, une main dans ses cheveux, l'autre resserrant la ceinture de son peignoir bleu clair. Elle salue sa soeur, embrasse sa fille sur la joue et attrape une tasse. Elle se dirige vers la cafetière, se sert et glisse la tasse au micro-onde. La jeune femme s'appuie au plan de travail tout en continuant de se réveiller. Des pas résonnent à leurs oreilles, et bientôt Emmanuel apparaît. Il descend l'escalier, entre dans la cuisine. Hélya l'accueille avec un sourire et un câlin. Puis, elle attrape un bol et se sert en café. Hélèna récupère sa tasse, et – comme à son habitude – se dirige vers le salon, quand...

« Hella. Appelle Hélya, qui s'est figée au milieu de la cuisine, son bol de café dans les mains.
– Quoi ? Soupir la jeune femme, en se retournant vers sa soeur.
– Tu... Heum... On... Commence la jeune femme, avant de soupirer, de jeter un oeil à Emmanuel, puis de terminer sa phrase en fixant sa soeur. On a un visiteur.
– Tonton est là, tonton est là ! S'écrie Abbygaël, en bondissant sur sa chaise, un grand sourire éclairant son visage enfantin.
« Tonton » ? Interroge Hélèna, les sourcils froncés. Alecthy ?!
– Lui-même. Répond ce dernier, en apparaissant dans l'encadrement de la porte»

Un léger sourire se dessine sur les lèvres d'Hélya, Emmanuel se crispe, Hélèna pose sa tasse sur le plan de travail pour serrer son ami dans ses bras et lui souhaiter la bienvenue. Emmanuel croise le regard d'Alecthy, et son regard océan s'assombrit. Il est méfiant. Le jeune homme attrape un croissant, mord de dans et remonte à l'étage ; il va se doucher. Alecthy le regarde faire, puis sourit à Hélèna et la serre davantage dans ses bras. Hélya dépose son bol sur la table, et s'assoit en face de sa nièce. Elle n'a pas manqué de remarquer l'attitude de son futur mari, et cela l'irrite fortement. Seulement, elle ne l'extériorise pas. Pas encore. Alecthy relâche son étreinte et Hélèna reprend ses habitudes. Elle attrape sa tasse et entre dans le salon. Elle s'enfonce dans le canapé et allume la télévision. Alecthy s'appuie contre le plan de travail, les bras croisés contre son torse, et observe Hélya et Abbygaël, qui terminent de déjeuner. De nouveau pas résonnent à leurs oreilles ; Christophe vient de se lever. Il entre dans la cuisine, sourit en découvrant Alecthy et lui serre la main avant d'embrasser sa fille et sa belle-soeur. Lui aussi, il attrape un croissant et se dirige vers le salon. Il rejoint sa petite amie, installée sur le canapé. Il l'embrasse sur la joue, trempe discrètement son croissant dans sa tasse et mord de dans. Hélèna le gronde et avale une gorgée du breuvage noir. Christophe s'empare de la main libre de la jeune femme et entrelace ses doigts avec les siens. Ils ont l'air d'un vieux couple dont la routine est la même depuis des années. Et au fond, c'est presque cela. Ils sont ensemble depuis presque un an. Et des habitudes, ils en ont prises ! Elles se prennent si vite... Surtout quand on aime. Le regard perdu dans le breuvage noir, Hélya tente de remettre ses idées en place. Alecthy est ici, dans la maison où elle a grandit, dans la maison où ils ont tant de souvenirs... Sous le même toit que son futur mari, Emmanuel. L'homme dont elle rêve d'être la femme depuis presque trois années. Il est là, à un mètre d'elle, les bras croisés contre son torse, le dos contre le plan de travail de SA cuisine, à l'observer. Il est là, à quelques jours de son accouchement. Il est là, à quelques mois de son mariage. Comment a-t-il su qu'elle a été voir un médecin ? Personne à part elle n'est au courant... A moins que... Hélya relève son regard émeraude et le plonge dans le regard innocent de sa nièce. Abbygaël lui sourit et termine son verre de lait. Hélya fronce les sourcils.

« Abby ? As-tu parlé à ton oncle, ces derniers jours ? Demande t-elle, avec calme.
– Non... Murmure t-elle, ses sourcils légèrement froncés, en regardant son oncle puis sa tante. Pourquoi ?
– Parce qu'il... Commence t-elle, avant de s'interrompre en secouant légèrement la tête. Pour rien, termine ton petit déjeuné et je t'emmène à l'école.
– Chouette ! »

Les lèvres fines de la fillette s'étirent en un sourire joyeux, et elle termine rapidement son repas. Elle remonte à l'étage et s'enferme dans sa chambre. Hélya avale une gorgée de café, puis repose son bol sur la table et croise le regard d'Alecthy. Il n'a pas bougé d'un centimètre ; il est calme et la discussion qui vient de se terminé ne l'a nullement affecté. S'il ne ressentait pas l'anxiété de son amie, il aurait même sourit. Doucement, Alecthy s'approche et s'assoit face à Hélya. La jeune femme le regarde un instant, puis avale une nouvelle gorgée de café.

« Dis-moi, qu'est-ce qui te tracasse ? Demande t-il, en croisant ses bras sur la table.
– Mais rien! Qu'est-ce qui pourrait me tracasser ?
– Crois-tu que je suis aussi aveugle qu'Emmanuel ?
Emmanuel n'est pas aveugle ! S'écrie t-elle presque, les sourcils froncés.
– En est-tu sûre ? Demande t-il, avant de se pencher vers elle et de murmurer. Sa femme est enceinte de jumeaux, et elle risque de ne pas aller à terme car sa chère progéniture a l'air pressé de sortir. De plus, son médecin s'inquiète pour la santé d'un des bébés. Aussi, sa femme dort beaucoup trop en ce moment... Et quand elle est éveillée, elle n'est jamais avec lui. Alors, dis-moi, Bella, n'est-il pas aveugle ?
– Merci pour ton analyse très positive de ma vie ! »

Sur ces mots, Hélya se lève, attrape son bol et le met dans l'évier. Tournant ainsi le dos au jeune homme, elle s'appuie contre le meuble et reprend ses esprits. Une bouffée de chaleur, un vertige ; le prix de son énervement. Un soupir s'échappe de ses lèvres, cette grossesse influence beaucoup sur ses humeurs, et elle n'apprécie pas cela. Hélya sursaute lorsqu'une main se pose sur son épaule, et elle se retourne brusquement. Elle tombe nez à nez avec Alecthy, et ils échangent un regard particulier. Mélange de plusieurs émotions, autant opposés que complémentaires ; aucun d'eux ne cherche à analyser cet échange. Hélya laisse échapper un soupir las, Alecthy descend sa main sur le ventre arrondi de son amie. Un mouvement brusque et vif effleure sa paume ; un coup de pieds d'un des jumeaux. Les deux jeunes gens éclatent d'un doux rire, et Abbygaël dévale les escaliers brusquement.

« Hey, Taty, j'suis prête ! »

Sa voix enfantine interrompt leurs rires, et Alecthy retire sa main. Hélya hoche la tête et monte à l'étage afin de se changer. Abbygaël saute dans les bras de son oncle et joue un moment avec lui. Dans sa chambre, Hélya passe une main dans ses cheveux et enfile des vêtements de grossesse. Elle soupir en se souvenant du temps où elle pouvait mettre ses pantalons slims. Elle enfile ses Converses noires, customisées par sa nièce, puis entre dans la salle de bain. Elle se maquille légèrement et attache ses cheveux bruns en une queue-de-cheval volontairement négligée. Elle se tire la langue, s'arrache un sourire, puis quitte la pièce. Elle descend prudemment les escaliers, une main sous son ventre et l'autre sur la rambarde. Arrivée dans l'entrée, elle retrouve sa nièce et son ami. Abbygaël glisse son sac sur ses épaules, attrape la main libre de sa tante et la main de son oncle. Ses lèvres s'étirent en un grand sourire, Hélya croise le regard d'Alecthy et comprend qu'il va l'accompagner. Elle sourit légèrement et ils quittent le manoir. Ils quittent l'allée principale avant de se retrouver dans la rue. Hélya est rapidement fatiguée, mais elle tente de ne rien montrer. Sa nièce sautille, heureuse d'être accompagnée de deux de ses proches. Alecthy regarde tantôt sa nièce, tantôt son amie ; et il remarque l'effort qu'elle doit fournir. Cependant, il ne dit rien, et ils arrivent bientôt devant le portail de l'école. Abbygaël embrasse sa tante, caresse son ventre arrondi, et prend son oncle dans ses bras. Puis, la petite fille rejoint ses ami(e)s, à l'intérieur de l'école. Alecthy pose son regard sur Hélya, et celle-ci s'appuie au mur quelques minutes. Le jeune homme s'approche de son amie, et prend doucement sa main libre dans la sienne. Hélya le regarde.

« Je sais ce que tu vas dire, alors, épargne-moi, et tais-toi. Soupir t-elle, avant de regarder le sol.
– Et qu'est-ce que je voulais te dire, selon toi ?
– Que... Commence t-elle, avant de soupirer à nouveau et de le regarder. Que je devrais mettre Emmanuel au courant. Que je devrais me ménager, passer mes journées allongée ou assise devant la télévision, mais surtout pas marcher une centaine de mètres pour accompagner ma nièce à l'école. N'est-ce pas cela ?
Emmanuel... Qu'est-ce qu'il sait, exactement ? Lui demande t-il, son regard plongé dans le sien.
– Il... Il sait que je suis enceinte. Il ne sait pas encore qu'il s'agit de jumeaux, car... Son regard devient humide, et elle serre la main de son ami. Le médecin craint qu'avant la naissance, l'un des bébés tue l'autre... Et... Il craint aussi que s'ils survivent tous deux... Moi, je... Je... Je ne survive pas... Les larmes glissent le long de ses joues, et il la prend dans ses bras.
– Ça n'arrivera pas Bella... Lui murmure t-il, en la serrant fort contre lui. Ils survivront et tu survivras aussi. Ils ne te prendront pas la vie ! Ce sont tes enfants, et tu seras leur seule mère... Bella, ils vont vivre et tu seras là pour les voir grandir... Et il ajoute, très très bas : Je ne les laisserais pas te prendre la vie...
– J'ai peur, Alec... J'ai peur de ne pas être là pour leur donner un prénom, pour les voir ouvrir les yeux... Murmure t-elle, entre deux sanglots. Et je veux qu'ils vivent... Tous les deux...
– Je sais Bella, je sais... Dit-il, toujours en la serrant contre lui et en lui caressant les cheveux. Et on va faire tout notre possible pour que tout se passe bien... D'accord ?
– Oui... Murmure t-elle en hochant la tête, collée contre le torse du jeune homme. Oui...
– Aller, calme-toi... Ça va aller... Chhuut... La berce t-il, quelques minutes, le temps de la consoler.
– Il faut... On doit rentrer, sinon, les autres risquent de s'inquiéter...
– Oui, oui, bien sûr. Allons-y. Décide t-il, en s'écartant d'elle et en lui prenant la main»

Et doucement, main dans la main, au rythme d'Hélya – celui d'Alecthy étant bien trop fluide et rapide – ils rentrent au manoir. La jeune femme est soulagée lorsqu'elle voit apparaître le portail en fer noir du manoir, et le jeune homme s'éloigne un peu d'elle. Il l'aide à montrer les quelques marches du perron, et lui ouvre la porte. Hélya entre dans l'entrée, suivie de très près par Alecthy, et la voix d'Emmanuel résonne à leurs oreilles. La jeune femme met plusieurs secondes avant de comprendre ce qu'il se passe ; Emmanuel se dispute avec Christophe et Hélèna tente de les raisonner. Hélya se précipite au salon et s'arrête dans l'embrasure de la porte, ses mains sous son ventre et les sourcils froncés. Elle observe la scène qui se déroule sous ses yeux ; Emmanuel est debout au milieu de la pièce, Christophe est assis sur le piano et Hélèna est debout à côté du canapé, les mains sur les hanches. Alecthy arrive à son tour et il décide de rester derrière Hélya, afin de ne pas se mêler de l'histoire ; il pense être la raison de cette dispute. Seulement, leur arrivée, à lui et à Hélya, à complètement perturbé leurs trois amis. Emmanuel jette un regard à Christophe, soupir, et se dirige vers sa future femme. Il dépose un doux baiser sur ses lèvres puis quitte la pièce. Hélya le regarde partir puis repose son regard émeraude sur Christophe, qui soupire avant de quitter le piano. Il rejoint sa petite amie, qu'il entoure de ses bras. Hélya lève les yeux au ciel et quitte la pièce à son tour. Elle monte à l'étage et rejoint Emmanuel dans leur chambre. Alecthy croise les bras sur son torse et regarde partir son amie. Puis, il tourne la tête vers les deux amoureux et échange un mince sourire avec Hélèna. Doucement, en soutenant bien son ventre, Hélya entre dans la pièce. Il est là, debout à côté de la fenêtre. Cette position, cet air dessiné sur son visage, ses bras collés contre son torse ; tout lui rappelle des souvenirs. Ce n'est pas la première fois que son futur mari réagit ainsi, et, à chaque fois, Alecthy était la raison du problème. Hélya retient un soupir de lassitude et s'approche de son futur mari. Elle pose sa main sur l'épaule de celui-ci, et il ne réagit pas. Son regard océanique est fixé sur un point, plus bas, dans le jardin. Hélya pose sa tête contre l'épaule du jeune homme, et l'entoure de ses bras. Son énorme ventre contre le dos de son futur mari, elle espère secrètement qu'un des jumeaux va se décider à bouger. Mais les jumeaux sont très calmes, et Hélya comprend qu'elle ne peut compter que sur elle. Un léger soupir s'échappe de ses lèvres, et elle caresse doucement l'avant-bras de son futur mari.

« Emmanuel... Murmure t-elle, et le jeune homme mime un sursaut.
– Qu'est-ce qu'il y a ? Demande t-il, sans pour autant se retourner vers elle.
– Ça, c'est à toi de me le dire. Soupire t-elle, en caressant davantage son bras. C'est Alecthy, c'est ça ? Tu ne supporte pas sa présence, je le sais, mais...
Alecthy n'a rien à voir là-dedans. Tranche t-il, d'un ton sec, et Hélya fronce les sourcils.
– Vraiment ? S'étonne t-elle, en cessant enfin ses caresses. Qu'y a t-il, alors ?
– Il y a... Il y a que j'ai pris une décision, Hélya. Dit-il, avant de se retourner vers elle.
– Laquelle ? Demande t-elle, dans un presque murmure, le coeur battant à la chamade.
– Je veux reculer le mariage. Annonce t-il, en la regardant.
– De... Je... Tu... Tu ne veux plus m'épouser ? Demande t-elle, la voix et les mains tremblantes.
– Je... J'ai besoin de temps. Et... Je crois que toi aussi. Explique t-il, avant de regarder le ventre de la jeune femme. Nous allons bientôt être parents, cela va nous donner beaucoup de travail... Et... Heum... Je crois qu'on devrait prendre le temps de se poser les bonnes questions, de savoir comment on envisage ces prochains mois, voire ces prochaines années.
– Mais... Je... Murmure t-elle, avant que des larmes glissent le long de ses joues.
Helly... Commence t-il, en approchant sa main de la joue de la jeune femme, mais celle-ci recule et quitte la pièce»

Emmanuel laisse échapper un soupir d'agacement, et se laisse glisser jusqu'au sol. Hélya quitte la pièce et se retient de justesse au mur. Elle se précipite vers les escaliers, et manque de trébucher à plusieurs reprises. Arrivée en bas, son coeur bat si vite que sa tête lui tourne et elle est obligée de s'appuyer contre la rambarde. Alecthy, qui était dans la cuisine, s'approche d'elle et la prend dans ses bras. Hélya éclate en sanglots en se serrant contre son torse. Le jeune homme tente de la consoler tout en essayant de comprendre ce qu'il vient de se passer. Mais Hélya ne parle pas, et son coeur continue de battre si vite... Bien trop vite...Un vertige la saisi et Alecthy la rattrape juste à temps. La jeune femme s'accroche à lui, mais elle se sent partir et elle n'a pas le temps d'articuler un mot. Elle s'évanouit et Alecthy la prend délicatement dans ses bras. Il crie à Hélèna d'appeler une ambulance et celle-ci s'exécute immédiatement. Dix minutes s'écoulent, l'ambulance arrive et Alecthy est désigné pour accompagner Hélya dans l'ambulance. Hélèna se fourre dans les bras de son petit ami et éclate en sanglots. Et Emmanuel, lui, est à l'étage, allongé sur le sol, sans savoir que sa petite amie vient de partir pour l'hôpital. Dans l'ambulance, Alecthy serre la main inerte de son amie dans la sienne, tout en expliquant la situation aux ambulanciers. Ceux-ci vérifient aussitôt le pouls des jumeaux, et ils constatent qu'un des bébés a pouls très faible. Alecthy explique les craintes du médecin d'Hélya, et les ambulanciers hochent la tête en offrant les seuls soins qu'ils peuvent fournir à la jeune femme. Bientôt, ils arrivent à l'hôpital, et Hélya est prise en charge par un médecin et un gynécologue. Alecthy force le personnel médical à lui laisser l'accès à la salle d'examen, et il ne quitte pas la main de son amie. Les médecins penseront d'ailleurs pendant plusieurs jours qu'il s'agit de son mari. Dans la salle d'examen, Hélya est allongée sur une table et les médecins l'examinent avec attention. Ils sont très inquiets pour l'enfant au faible pouls... Et bientôt, ils doivent prendre la décision d'opérer. Les jumeaux naîtront par césarienne ; c'est la seule solution. Alecthy donne son accord et demande à assister à l'opération. Les médecins finissent par accepter et ils se retrouvent rapidement tous dans un bloc opératoire. Alecthy demande à ce que la soeur d'Hélya soit prévenue, mais ne lâche pas la main de la jeune femme. Il lui caresse les cheveux, embrasse ses joues, lui murmure des mots doux et rassurants. En quelques heures, les jumeaux naissent ; un garçon et une fille. Alecthy coupe le cordon de chacun d'entre eux ; un honneur qui aurait dû être réservé à Emmanuel. Les infirmières emmènent le petit garçon, afin de le laver et de l'habiller, mais les médecins gardent la fillette ; elle ne respire pas. C'est elle qui avait le plus faible des pouls, c'est elle qui allait se faire tuer par son jumeau, s'ils n'opéraient pas rapidement. Dix minutes s'écoulent, pendant lesquelles Alecthy tremble de tous ses membres et ne cesse de murmurer des mots presque incompréhensibles. Il est le seul à vivre cet instant. Même Hélya ne s'en souviendra pas. Il est le seul à trembler de tous ses membres, à prier pour que cette petite fille vive. Ce petit bout de chair ; la moitié de la femme qu'il aime. Bientôt, les infirmières ramènent le petit garçon, et Alecthy le prend dans ses bras. Il sourit lorsque l'enfant ouvre les yeux, puis fronce les sourcils lorsqu'il se met à pleurer à grands cris et grandes larmes. Alecthy pose son regard noisette sur la petite fille, toute petite, tellement fragile, allongée sur une table, à côté de sa mère, entourée de médecin qui tentent de la réanimer. Et alors, là, à cet instant où tout semble s'arrêter sous l'immense vague d'émotion, triste et joyeuse, le jeune homme s'approche de la table, le petit garçon dans les bras. Pour la première fois, il lâche la main d'Hélya, et il approche le petit garçon de sa soeur. Il va même jusqu'à le déposer à côté d'elle. Les médecins le regardent, surpris, puis continuent les massages cardiaques. Et bientôt, un son régulier résonne à travers la pièce ; ELLE RESPIRE ! Alecthy éclate en sanglots, le petit garçon sourit et la petite fille ouvre les yeux. Les médecins tapotent l'épaule d'Alecthy, et les infirmières emmènent la fillette afin de la laver et de l'habiller, à son tour. Alecthy reprend le petit garçon dans ses bras et retourne aux côtés d'Hélya. Seulement... Seulement le coeur de la jeune femme bat très lentement, et Alecthy glisse sa main dans la sienne. Les yeux humides, il regarde les médecins tenter de stabiliser son amie, qui semble s'en aller petit à petit... Les infirmières reviennent, avec la fillette dans un berceau en plastique transparent. Alecthy dépose doucement le petit garçon à côté de sa soeur, et se penche sur le corps de son amie. Les médecins s'affairent à côté de lui, certains à refermer son ventre, d'autres à l'aider à retrouver un rythme stable. Mais le rythme cardiaque d'Hélya chute, et Alecthy lui parle davantage, ses larmes tombent sur les joues de celle qu'il aime, et il lui hurle de revenir, de ne pas l'abandonner. Il lui dit combien il l'aime, combien il a besoin d'elle, combien les enfants qu'elle vient de mettre au monde ont besoin d'elle, combien le monde entier a besoin d'elle... Les médecins réussissent tant bien que mal à la stabiliser, mais Hélya reste plongée dans un demi-coma. Alecthy ne les quitte pas d'une seconde, elle et les bébés, et ils se retrouvent bien vite dans une chambre individuelle. Son front contre celui de celle qu'il aime, il l'implore.

« Hélya, je t'en prie... Réveille-toi ! Ne m'abandonne pas ! Ne nous abandonne pas ! REVIENS ! Serre ma main, ouvre les yeux, bouge tes lèvres, tire-moi la langue si ça te chante, mais je t'en prie, je t'en supplie, reviens-moi ! Réveille-toi ! Crie t-il, avant de parler, presque dans un murmure, ses mains contre les joues de la jeune femme. Amour de ma vie... Je t'en prie, reprends vie... Je ne suis rien sans toi... Tu es toute ma vie Hélya... Je ne vis que pour toi... Reviens-moi, s'il te plaît. « Si tu meurs, je meurs » , te souviens-tu ? Reviens ma Bella... Ne nous laisse pas... Pas maintenant... »

Sa voix s'éteint dans un murmure, son regard noisette vagabonde un instant sur le visage inanimé de la jeune femme, puis il pose sa tête contre sa poitrine, et ferme les yeux. Il ne tarde pas à s'endormir, bercé par le rythme lent du coeur d'Hélya. Il ne rêve pas, il dort d'épuisement et de tristesse. Et la matinée, puis la journée, puis la nuit s'écoulent...

{DEUX JOURS PLUS TARD}

Voilà deux jours qu'il est là, à ses côtés. Deux jours qu'il s'occupe de ces deux petits bouts qui n'ont pas encore eût la chance d'être prit dans les bras de leur mère. Deux jours entiers seul avec eux et celle qu'il aime, plongée de le coma. Deux jours sans voir Emmanuel, Christophe, Hélèna, Elody, Quentin, Abby... Complètement seul. Hélèna appelle régulièrement, toutes les six heures, afin de prendre des nouvelles d'Hélya. Mais aucun d'entre eux n'a mit le pieds ici. Aucun d'entre eux ne s'est proposé pour venir l'aider, avec les jumeaux, ou simplement à le soutenir. Non, il est seul. Et ça, il le garde en travers de la gorge. Hélya est là, allongée sur un lit d'hôpital, à côté duquel deux berceaux en plastique transparents sont installés ; pour les jumeaux. A travers la pièce, sur la table, sur la chaise ; partout, il y a des paquets de couches, des vêtements, des couvertures, des jouets, des flacons de soins et des biberons. Alecthy tient le rôle du père ; alors qu'il ne l'est pas. Pourquoi Emmanuel n'est-il pas là, avec lui ? Est-ce seulement car il est là, lui ? Est-ce seulement par conflit ? Si c'est cela... Alecthy ne le pensait pas ainsi. Son regard noisette posé sur le visage de la jeune femme, sa main caressant la sienne, il réfléchit. Comment un homme ; futur-mari de surcroît, peut-il laisser sa femme seule, dans un lit d'hôpital, ainsi que ses enfants ? Comment ? Il ne comprends pas. Il sait simplement que s'il n'était pas là, personne ne serait là. L'un des jumeaux – il ne les a pas prénommés, car il juge que seuls Hélya et Emmanuel doivent prendre cette décision – se met à pleurer, et le jeune homme quitte la chaise sur laquelle il était assis. Il dépose un tendre baiser sur le front de la jeune femme, lâche à regret sa main et se dirige vers les berceaux. Son regard noisette passe de l'un à l'autre, et il attrape doucement le petit garçon. Il le pose contre son torse et le berce doucement. Il prends soin de ses petits êtres comme s'ils étaient les siens. La prunelle de ses yeux ; parce qu'ils sont la moitié de celle qu'il aime. Le petit garçon calmé, il le repose délicatement dans le berceau, le recouvre un peu et replace correctement les berceaux ; collés l'un contre l'autre. Il les observe, ces deux petits bouts, quelques instants, puis retourne s'asseoir de l'autre côté du lit. Il glisse à nouveau sa main dans celle de la jeune femme, et repose son regard sur elle. Et de nouveau, il attends. Il attends qu'elle ouvre les yeux, il attends qu'un des jumeaux – ou les deux – le demande, ou que quelqu'un entre dans la pièce. Et il en passe des heures ainsi... Il est patient, attentionné, amoureux et torturé. Son regard noisette s'humidifie soudainement, et il quitte sa chaise pour le rebord du lit. Il dépose ses lèvres sur le front de la jeune femme, et quelques larmes glissent le long de ses joues. Ses doigts tremblent, sa respiration s'accélère ; il a peur. Peur de la perdre.

{TROIS JOURS PLUS TARD}

Cinq jours. Une éternité. Une éternité sans elle. Assis sur la première marche du perron, ses genoux contre son torse et les mains prises ; l'une tenant une cigarette, l'autre entourant un genou, Emmanuel est ailleurs. Voilà cinq jours que sa future-femme est hospitalisée, cinq jours que ses enfants sont venus au Monde, et cinq jours qu'il reste enfermé ici. Il n'a pas quitté le manoir, et cette petite sortie sur le perron est un véritable exploit. Dans un geste machinal, il porte la cigarette à ses lèvres et tire une bouffée de nicotine. Il l'apprécie et ferme les yeux quelques secondes. Une larme glisse sur chacune de ses joues, et il étrangle difficilement un sanglot. Il pense à ses enfants, car il est père, à présent. Père. La question d'être prêt à l'être ou non ne se pose plus à présent. Hélya a mit au Monde deux faux-jumeaux, au péril de sa vie, et elle est plongée dans le coma. Et lui, que fait-il ? Lui, il reste planté là, au manoir, chez elle ! Il n'a même pas été voir ses enfants... Pourquoi ? Il rouvre les yeux, et pose son regard embrumé de larmes sur l'allée, face à lui. Une silhouette s'impose à lui, et il tire sur sa cigarette avant de se sécher les yeux de son autre main. La silhouette s'approche de lui, et il se relève brusquement. Sa cigarette glisse sur le sol, et il reste bouche bée. Hélya. C'est Hélya qu'il voit, là, dans l'allée du manoir, à trois mètres de lui. Seulement, elle est habillée étrangement... Sa « robe » est verte clair, et elle semble très fine... Emmanuel fronce les sourcils, et descend les marches du perron. Il s'approche d'elle, mais lorsqu'il tend la main pour la toucher, elle disparaît. Les larmes retrouvent le chemin de ses joues ; il ne comprends pas.

« Emmanuel ! J'accepte que tu fumes, mais, s'il te plaît, fait attention ! Ne jette pas tes cigarettes n'importe où... Surtout que celle-ci est à peine entamée ! »

Il sursaute, et se retourne brusquement vers le perron. Elle est là, encore en pyjama, une main sur ses hanches et l'autre tenant du bout des doigts sa cigarette abandonnée. Le jeune artiste passe une main dans ses cheveux puis tourne la tête dans l'autre sens. Il pose son regard à l'endroit où il a vu.... Où il a vu Hélya, et secoue légèrement la tête. Elle n'était pas là. Pas réellement. Hallucination ? Un soupir agacé résonne à ses oreilles, et Emmanuel tourne la tête vers Hélèna. Son bras retombe doucement le long de son corps, puis il s'élance. Il rejoint en quelques pas la soeur de sa petite amie, et regarde tour à tour sa cigarette et le visage tiré de la jeune femme. Il fronce les sourcils et elle s'adresse à lui.

« Emmanuel, s'il te plaît ! Que suis-je censée en faire ?
– Jette-la. Réplique t-il, d'un ton calme, avant de remonter les deux dernières marches.
– Très bien...
– Je... Commence t-il, avant de s'arrêter et de se retourner pour la regarder. Je vais à l'hôpital, Hélèna»

La jeune femme ouvre la bouche pour répliquer, mais le jeune homme se retourne et s'engouffre à l'intérieur. Elle secoue la tête, écrase à ses pieds la cigarette, ramasse le mégot puis retourne à l'intérieur. Elle jette le mégot dans la poubelle – Hélèna protège l'environnement... ! - puis rejoint son petit ami au salon. Elle lui annonce la nouvelle, et celui-ci soupir de joie. ENFIN ! Christophe attire sa petite amie contre lui, et l'embrasse avec tendresse. A l'étage, Emmanuel se lave, s'habille, et s'arrête au milieu de la chambre. Son regard vagabonde à travers la pièce, se posant sur les différents tableaux, les photos, la bibliothèque... Et il constate qu'en neuf mois, il n'a pas prit le temps d'aménager cette pièce, afin de pouvoir accueillir ses enfants. D'accord, au départ, il n'en attendait qu'un, mais... Il secoue la tête, passe une main rapide dans ses cheveux, et hoche la tête. Oui, l'idée qui vient de lui traverser l'esprit n'est pas mauvaise. Au contraire. Il attrape sa veste en cuir noir, la glisse au-dessus de sa chemise blanche, et quitte la chambre. Il quitte le manoir, s'engouffre dans un taxi et se laisse conduire jusqu'à l'hôpital. Enfin, jusqu'à deux rues à côté de l'hôpital. Avant, il passe dans un magasin où il achète quelques vêtements de naissance et quelques peluches, avant de se rendre chez le fleuriste. Ces deux taches exécutées, il se rend à l'hôpital. Arrivé devant l'accueil, il se présente et demande à voir Hélya. On lui indique une chambre et il entre dans l'ascenseur. Cinq minutes plus tard, il est là, devant la porte. Son bouquet dans une main, dans l'autre le sac qui contient ses quelques présents. Il prend une grande inspiration, puis frappe légèrement. Une voix masculine lui répond, et il entre lentement dans la pièce.

Alecthy voit entrer Emmanuel, et son regard noisette s'enflamme aussitôt. Il est à la fois content de le voir là, pour Hélya, mais en même temps en colère car il apparaît SEULEMENT maintenant. Cinq jours après la « tempête ». Cependant, l'italien respecte la femme qu'il aime, ainsi que les enfants qu'elle a mit au Monde, et par conséquent, il décide de ne pas s'énerver, de ne pas réagir immédiatement.
« La vengeance est un plat qui se mange froid. »

Emmanuel referme sans un bruit la porte derrière lui, et salue Alecthy d'un mouvement du menton. Il dépose le sac à côté de la chaise, et son bouquet sur la table. Puis, et seulement là, il se retourne. Son regard océanique se pose tout d'abord sur Hélya, allongée sur le lit d'hôpital, reliée à deux machines dont une l'aidant à respirer correctement. Puis, son regard vacille et se pose sur les berceaux. Son coeur manque un battement, et les larmes glissent sur ses joues. Il est papa ! IL EST PAPA ! La réalité en face, ça réveille. Il ne s'attendait pas à une telle émotion. Sans sentir le poids de ses jambes, il s'approche des berceaux. Son regard océanique vagabonde entre les deux petits bouts, et il laisse s'échapper un sanglot. Lentement, il approche sa main, et, les doigts tremblants, il vient toucher la joue de son petit garçon. Le contact de cette peau fine, chaude et rose contre la sienne le perturbe, et son coeur s'accélère alors qu'une nouvelle vague de larmes glisse sur ses joues. Il caresse la joue de son fils quelques secondes encore, puis étend son autre main et touche la joue de sa fille. Les larmes redoublent sur ses joues, et il éclate en de violents sanglots. Pourquoi a-t-il attendu si longtemps ? Pourquoi avoir fait tant d'histoires pour éviter cet instant ? Pourquoi cherche t-il à fuir, sans cesse ?

Il est là, sa main dans celle de la jeune femme, et il l'observe. Il sursaute légèrement, lorsque qu'Emmanuel éclate en sanglots, et pose son regard sur le visage d'Hélya. Elle n'a pas réagit, mais son visage semble un peu plus détendu. Où est-ce lui qui se fait des idées ? Il secoue légèrement la tête et repose son regard sur Emmanuel. Le jeune artiste est là, debout à côté des berceaux, ses mains posées sur les joues de ses enfants. Un léger sourire se dessine sur les lèvres d'Alecthy ; Emmanuel vient de réaliser qu'il était père et le jeune homme en est fier. Apparemment, ce n'était pas si facile que ça pour lui. C'est vrai qu'un enfant – ou deux, dans leur cas – change le rythme d'une vie. Plus de responsabilités ; moins de libertés. Alecthy continue de l'observer, discrètement, entre un regard sur Hélya et sur lui.

**
*

« Non, mais, excuse-moi ; je suis simplement contente qu'il se décide enfin à virer son p'tit cul d'ici.
- Ma chérie... Je n'aime pas beaucoup la manière dont tu as de parler de mon meilleur ami...
- Je sais, je suis désolée. Mais il a quand même attendu cinq jours ! Insiste t-elle, en déposant sa tête contre celle de son petit ami.
- Et nous, alors ? Nous non plus, nous n'avons pas été voir ta soeur. Ni même ta nièce et ton neveu ! Réplique t-il, en entrelaçant ses doigts avec les siens.
- Tu sais bien que je voulais...
- ... Qu'il bouge avant nous, oui, je sais, mais, sur le principe...
- OK ! Déclare t-elle, avant de se lever brusquement. Tu as raison, passons à autre chose. »

Hélèna a fait un pas en avant, lorsqu'une main s'empare de son poignet. Christophe attire sa petite amie à lui et la laisse tomber sur ses genoux. Il l'entoure de ses bras et dépose un tendre baiser dans son cou. La jeune femme sourit doucement, et glisse ses bras autour du cou de son artiste préféré. Leurs regards s'emmêlent un instant, juste avant qu'une jeune adolescente arrive en courant et en riant dans la pièce. Elle bondit sur le canapé, à côté de son père adoptif, et sautille sur le coussin. Christophe étends un bras et l'attire à lui. Abbygaël éclate de rire en attérissant dans les bras de sa mère. Hélèna embrasse le front de sa fille avant de poser sa tête contre l'épaule musclée de son petit ami. En quelques mois, ils sont devenus une véritable famille. Et pour rien au Monde elle n'abandonnerait ça. Après un câlin collectif d'une bonne dizaines de minutes, la petite famille se sépare. Abbygaël attrape la main de sa mère et l'entraîne avec elle jusqu'à l'étage. Christophe sourit tendrement et éteins la télévision. Cela fait, il se lève, passe une main dans ses cheveux et pose son regard chocolat-noisette sur le piano. Il se souvient de ces moments partagés, là, accompagnés de son meilleur ami, et surtout de son amie ; Hélya. Il pense à elle, à sa santé. Et finalement, au bout de cinq jours, il s'avoue enfin que sa présence lui manque. Comment vas t-elle ? Il y a t-il une manière de l'aider à sortir du coma ? L'envie d'aller la voir lui reprends, plus que jamais. En quelques enjambées, il rejoint les deux femmes de sa vie, dans la chambre. Et ce qu'il découvre l'amuse. Abbygaël est debout sur le lit conjugal, pieds nus, habillée d'une robe rose pâle et blanche, et elle retient ses longs cheveux blonds avec ses petites mains. Hélèna est à côté d'elle, et elle tente de fermer le haut de la robe. Le jeune artiste s'appuie contre l'embrasure de la porte, les bras croisés sur son torse. En quelques gestes, Hélèna remonte la fermeture Éclair, et Abbygaël sautille sur le lit ; toute heureuse. Hélèna passe une main dans ses cheveux, quand Christophe décide de lui faire connaître sa présence. Il s'approche et passe ses bras autour de sa taille. La jeune femme sursaute puis sourit lorsqu'il dépose un tendre baiser dans son cou. Elle pose ses mains sur les siennes, et le jeune homme entrelace leurs doigts avant de la faire valser quelques secondes. Un sourire aux lèvres, Hélèna se retrouve face à face avec son petit ami, lorsqu'elle croise son regard. Elle remarque alors à quel point son visage est fermé, à quel point son air est sérieux. Son sourire s'éteint instantanément. Abbygaël arrête brusquement de sautiller sur le lit et pose un regard inquiet et curieux sur ses parents.

« Tu as raison de te faire belle, Abby. Tata sera fière d'avoir une nièce aussi belle. Déclare le jeune homme, en regardant la fillette, puis en posant son regard sur sa petite amie. Arrêtons de jouer, Hella, c'est le moment d'aller à l'hôpital. Hélya a besoin de nous, c'est ce qu'Emmanuel a comprit toute à l'heure. »

Abbygaël bondit sur le sol et se fourre dans les bras de son père adoptif. Christophe l'entoure tendrement de ses bras, et dépose un doux baiser sur le dessus de son crâne. Hélèna hoche la tête et se dirige vers son armoire. Abbygaël quitte le sol et se retrouve dans les bras de son père. Il l'entraîne avec lui, et la dépose dan s l'entrée, où elle enfile ses chaussures. Lui, il passe en vitesse dans la salle de bain, se recoiffe et se parfume, puis rejoint l'entrée. Quelques temps plus tard, Hélèna arrive à son tour. Elle est magnifique ; habillée d'un jean bleu clair et d'une chemise blanche. Elle est légèrement maquillée, et ses cheveux sont relevés en une queue-de-cheval. Elle attrape les clefs du manoir et celles de sa voiture, et ils quittent la maison familiale. Christophe ouvre la porte d'entrée, et tombe nez à nez avec Elody et Quentin. Après plusieurs embrassades, ils conviennent de se rendre ensemble à l'hôpital. Ils décident de prendre la voiture d'Hélèna, et Christophe se glisse derrière le volant. En environ une demi-heure, ils rejoignent l'hôpital. Christophe gare la voiture sur le parking puis ils entrent dans le hall de l'hôpital. Hélèna demande la chambre de sa soeur, et ils s'engouffrent tous les cinq dans l'ascenseur. En quelques secondes, ils se retrouvent devant la porte de la chambre. Elody pousse doucement la porte, et ils entrent un par un dans cette petite pièce plongée dans une demi-pénombre.

**
*

Son regard chocolat vacille entre les deux adultes présents dans cette pièce. Il observe à tour de rôle la femme qu'il aime, allongée sur un lit d'hôpital, et l'homme qu'elle aime, elle, debout auprès des berceaux des nouveaux-nés. Ses doigts caressent doucement la paume de la jeune femme, quand la porte s'ouvre lentement et qu'un visage familier apparaît. Elody. Alecthy ne bouge pas, et constate que la jeune femme n'est pas seule. Quentin, Christophe, Abbygaël et Hélèna apparaissent à leur tour. Alecthy se lève, retire à contre-coeur sa main de celle d'Hélya, et salue ses ami(e)s. Abbygaël se fourre dans ses bras, et il la serre contre lui avec tendresse. Le contact avec des personnes vivantes, souriantes, lui a manqué. Il serre Hélèna dans ses bras, qui le remercie en quelques murmures pour l'aide qu'il a apporté à Hélya. Alecthy pose son regard chocolat sur la jeune femme inerte, et se dit qu'il a fallu cinq jours entiers pour que tous ses proches se décident enfin à se réunir dans cette pièce, afin de la soutenir. Emmanuel serre son meilleur ami dans ses bras, puis se penche au-dessus de sa future-femme. Il dépose plusieurs baisers sur son front, et s'excuse dans une centaines de murmures. Hélèna découvre sa nièce et son neveu, et en est émerveillée. Alecthy se sent rapidement de trop, et il quitte discrètement la pièce. Il descend dans le hall, traîne un peu à côté de la salle d'attente, puis sort dehors. Il sort de sa poche un paquet de cigarette, en tire une et la glisse entre ses lèvres. Il range le paquet et fouille dans ses poches à la recherche d'un briquet. Il n'en trouve pas et s'apprête à retourner à l'intérieur afin d'en demander un à un des patients, quand une main lui en tend un. Son regard chocolat croise le regard océan d'Emmanuel, et il le remercie avant de prendre le briquet et d'allumer sa cigarette. Il n'avait pas remarqué qu'il l'avait suivit. Alecthy rend le briquet à son ami, qui l'imite et tire une bouffée de nicotine. Ensemble, ils s'éloignent un peu de l'hôpital. Ils s'aventurent dans les jardins à proximité et s'installent dans l'herbe. Deux cigarettes plus tard, ils s'adressent enfin la parole.

« J'ai des excuses à te présenter.
– Ce n'est pas à moi que tu les dois, mais à ta femme.
– Je... Commence t-il, avant de poser son regard dans l'herbe. Je ne compte plus me marier avec Hélya. Du moins, pas en ce moment.
– QU... Hein? S'étonne t-il, en fixant le jeune homme. Comment ça ?
Alec... Écoute, je ne suis pas aveugle. Explique t-il, en relevant le regard et en le plongeant dans celui du jeune homme. Hélya t'aime, c'est un fait. Et n'essaye pas de me faire croire que ce n'est pas réciproque.
Hélya et moi... Commence t-il, avant de détourner le regard et d'avaler une bouffée de nicotine. Hélya et moi, ça remonte à pas mal de temps. Une éternité, en fait. Elle avait seize ans, j'en avais dix-huit... La vie a voulu qu'une nuit orageuse, elle tente de se suicider. La vie a voulu que cette nuit-là, je croise son chemin. Elle a fait un petit détour, avant de tenter d'atteindre son funeste but. Elle est arrivée dans le parc, un paquet de cigarettes dans une main et un briquet dans l'autre. Elle est passée sous cet arbre... Et je l'ai vu. Elle était magnifique. Elle était magnifique parce qu'elle était belle et parce que sa tristesse la faisait rayonner d'une manière incroyable. A ce souvenir, ses yeux s'humidifient et son regard pétille. Elle était la plus belle chose que j'avais pu voir en dix-huit années. Alors, sans réfléchir, j'ai sauté de l'arbre et je l'ai suivie. J'ignore pendant combien de temps, mais cela m'a paru une éternité. Et puis, nous sommes arrivés sur ce pont. Bien sûr, elle était en avance de quelques mètres, voilà pourquoi je n'ai pas pu l'empêcher de se mettre en danger. Elle avait les pieds dans le vide... Elle voulait sauter. Elle voulait quitter ce Monde qu'elle trouvait trop cruel. En une heure, j'ai réussit à la faire revenir sur la terre ferme. Je lui ai offert mon premier baiser, et lui ai promit de ne jamais la quitter. Et puis, les années ont passés. Nous nous sommes mit d'accord, et nous sommes restés amis. Je ne pouvais pas être avec elle ; je ne l'ai jamais pu. Son père détestait mes parents, et bien qu'il me supporta sous son toit quelques heures par jour, il ne pouvait concevoir que sa fille soit amoureuse de moi. Hélya a longtemps lutté contre son père, avant de se résigner. Jamais nous ne pourrions être ensemble. Au lycée, il suffisait qu'elle prononce mon prénom pour que les gens détalent sans chercher à comprendre. Alors elle a arrêté. Et notre relation est devenue une relation secrète, cachée de tous. Ça n'a pas duré longtemps. Une semaine, ou deux, pas plus. Et puis, j'ai pris la décision de partir. C'était sûrement mieux comme ça. J'ai rejoint l'armée italienne, et je l'ai beaucoup fait souffrir. Je le sais, j'en suis conscient, mais je pense encore aujourd'hui que c'était la meilleure solution. Il se retourne vers le jeune artiste. Et Hélya est tombée amoureuse de toi. Elle t'aime, Emmanuel. Peut-être pas de la manière dont tu le voudrais, mais ça, tu ne peux pas lui en vouloir. C'est moi qui lui ai brisé le coeur, moi qui continue de la faire souffrir par ma présence à ses côtés. Elle pense que cela la rend heureuse, mais je sais qu'au fond elle continue de souffrir. Voilà pourquoi je suis heureux que tu sois là, et qu'elle te laisse cette place dans sa vie. Et voilà pourquoi je m'apprête à lui faire mes adieux.
– Tu... Tu ne peux pas lui faire ça, Alecthy. Tu ne peux pas disparaître de sa vie.
– Je la fais souffrir, Emmanuel. Chaque seconde que je passe à ses côtés ravive nos souvenirs, et je sais qu'elle ne cesse d'y penser. Dit-il, avant de laisser échapper un léger soupir et de tirer sur sa cigarette. Elle sera plus forte sans moi. Elle sera plus forte, mais seulement si tu es là. Mon départ la rapprochera de toi, et c'est sûrement la meilleure solution.
– Cesse de choisir pour elle et laisse-la prendre cette décision. Ce peut être une solution, non ?
– Je veux qu'elle soit heureuse, qu'elle t'épouse et que tu élèves avec elle vos enfants. Déclare t-il, avant de se lever et d'écraser sa cigarette. Donne-lui ce que je n'ai jamais pu lui donner. »

Sur ces mots, le jeune homme fourre ses mains dans les poches de son pantalon et rejoint l'hôpital. Emmanuel reste assis dans l'herbe quelques instants encore, le temps de terminer tranquillement sa cigarette. Il repense aux mots d'Alecthy, et cherche à comprendre sa dernière phrase. Qu'entends t-il exactement par-là ? Pensif, il écrase sa cigarette avant de rejoindre à son tour l'établissement médical. Il rejoint la chambre de sa petite amie et y retrouve leurs proches. Il croise le regard d'Alecthy, qui a retrouvé sa place aux côtés d'Hélya. Sa main caresse celle de la jeune femme, et Emmanuel passe une main dans ses cheveux courts avant de discuter un peu avec Hélèna. Quelques murmures, quelques regards ; puis le silence total. Un des nouveaux-nés émet un petit gémissement, et Alecthy se lève automatiquement. Sa main quitte celle d'Hélya, et son regard chocolat suit Emmanuel. Le jeune artiste s'approche du berceau et joue doucement avec la petite main de sa fille afin de la calmer. Comprenant qu'à présent il n'est plus seul pour gérer la situation, Alecthy se rassoit doucement. Il reprend la main de la jeune femme et embrasse sa paume tendrement. Christophe serre sa fille adoptive dans ses bras et Quentin entoure la taille de sa petite amie en l'attirant contre lui. Ils sont tous là, réunis dans cette chambre d'hôpital, et ils ont tous dans la bouche ce même goût de déjà-vu. Ils sursautent tous lorsqu'un médecin entre dans la pièce, et remarquent tous sa mine surprise en les découvrant si nombreux. Pour autant, le médecin ne fait aucune remarques et s'approche du lit. Il examine rapidement la jeune femme, constate que son état n'a pas changé, et observe un court instant les personnes présentes dans la pièce avant de la quitter. Alecthy laisse échapper un léger soupir et passe sa main libre dans ses cheveux. Cette attente devient interminable pour lui. Il a de plus en plus de mal à supporter cette vision de la femme qu'il aime. Il aimerait tant la revoir sourire et pouvoir à nouveau croiser ce regard émeraude vif et pétillant qu'il aime tant. Elle lui manque tant. Il retient quelques larmes, puis pose son regard chocolat sur les berceaux des nouveaux-nés. Il observe Emmanuel, qui joue avec les petits doigts de ses enfants. Il esquisse un léger sourire, et sursaute légèrement lorsque sa nièce vient se fourrer dans ses bras. Alecthy lâche la main d'Hélya et serre sa nièce contre son torse. Elle aussi, elle lui a énormément manqué.

« Tonton ? »

C'est la voix douce et fragile de sa nièce. Il pose son regard chocolat sur la fillette, qui s'est redressée et le fixe de son regard ambre liquide. Son visage est figé dans une expression qu'il n'apprécie pas : la peur. Sa nièce est terrorisée. Alecthy passe une main dans les boucles brunes de la fillette, puis glisse ses doigts sur sa joue rosée. Une larme s'échappe de son oeil et Alecthy la rattrape à l'aide de son pouce. Elle n'a pas besoin de s'exprimer ; il sait mieux que personne ce qu'elle ressent. Elle voudrait que sa tante se réveille, qu'elle lui sourit, qu'elle lui parle. Comme avant. Elle aimerait savoir quand elle reviendra. Abbygaël pose sa tête contre le torse de son oncle, puis pose son regard sur Hélya. Les larmes continuent de couler, et Alecthy ne cesse de les rattraper. A quelques mètres d'eux, fourrée dans les bras de son petit ami, Elody observe la scène. Elle lit la tristesse et l'inquiétude sur le visage d'Alecthy, voit les larmes d'Abbygaël... Puis pose son regard sur Emmanuel, toujours auprès de ses enfants. Elody regarde Hélèna, qui s'approche de Christophe avant de se retrouver dans ses bras. Ils sont tous là, à nager dans ce bain d'émotion.


{DEUX JOURS PLUS TARD}


Sept jours. Une semaine entière s'est écoulée depuis la naissance des faux-jumeaux ; une semaine entière que leur mère est plongée dans le coma. Il est dix heures du matin, le soleil rayonne au milieu d'un ciel bleu sans nuages. Dehors, un léger vent secoue les feuillages et fait virvolter les cheveux des promeneurs. Il fait chaud, il fait beau. C'est le début de l'été. Une magnifique journée s'annonce, de celles que l'on aime passer au parc ; en amoureux ou entre amis. Mais lui, il n'est pas dehors. Non, il est là, assis sur le bord du lit d'hôpital où repose sa petite amie ; depuis une semaine. Son regard océanique posé sur elle, il admire son visage serein. Elle semble appaisée, elle semble calme et... Elle semble être bien, là où elle est. Et ce visage détendu, cet air serein, cette respiration lente et régulière... Cette impression qu'elle se sent bien, qu'elle est heureuse ; tout ça le rend malade. Comment peut-elle être apaisée, alors qu'il est là, à l'attendre ? Il s'inquiète, il tremble, il pleure. Et il n'est pas le seul. Peut-être que quelque part ; il lui en veut d'être si calme. Elle l'a abandonnée, elle est partie et les a laissés seuls ; lui et leurs enfants. Ses doigts caressent doucement la paume de la jeune femme. A nouveau, son beau regard océanique s'embrume et il retient difficilement ses larmes. Il est seul avec sa petite amie et ses deux enfants. Lui qui a brisé leurs voeux de mariage, lui qui a mit plusieurs jours avant de réaliser qu'il était père. Papa. Oui, c'est ce qu'il est, à présent. Artiste, homme, amoureux, petit ami, ami, frère, meilleur ami, idole, et père. A cette pensée, il relève doucement la tête et pose son regard humide sur les deux berceaux ; toujours collés l'un à l'autre. Son fils et sa fille. Parce qu'il avait hérité des gènes de ses parents ; mais aussi parce que les gènes d'Hélya étaient intervenus et que le mélange avait donné des faux-jumeaux. Mais avec les gènes des jumeaux, à la base. Comme son frère et lui. Cette pensée lui tire un léger sourire, et il repose son regard sur sa petite amie quand l'un de ses enfants émet une première plainte. Aussitôt, Emmanuel reporte son attention aux enfants. Il attends quelques secondes, puis son fils se met à pleurer. Alors, il se lève et s'approche du berceau. Doucement, il attrape son fils et le prends dans ses bras. Il commence à le bercer, calmant ainsi les pleurs de son fils, puis doucement se met à chantonner une de ses chansons...

« Pas besoin d'un prénom
Pour te sourire, te parler tout bas
Pas besoin d'une Lune
Pour t'endormir
Pas besoin de savoir
Si c'est vrai pour y croire

Un enfant dans mes bras
Peu m'importe s'il existe ou pas

Pas besoin d'une saison
Pour te couvrir, prendre soin de toi
Pas besoin d'un soleil
Pour te l'offrir
Pas besoin de savoir
Si c'est vrai pour y croire

Un enfant dans mes bras
Peu m'importe s'il existe ou pas

Même
Si personne ne le voit
Il respire contre moi
C'est son dos venu sous mes doigts
Pas besoin de savoir
Si c'est vrai pour y croire

Un enfant dans mes bras
Peu m'importe s'il existe ou pas

Il suffit de vouloir,
Je suis père pour un soir
Mon enfant dans mes bras
Du moment qu'il existe pour moi
Il existe pour moi

Il existe pour moi
Il existe pour moi

Pas besoin d'un prénom
Pour te sourire
Endors-toi. »

Et là, au fil de cette chanson, Emmanuel prends conscience de plusieurs choses. Premièrement, cette chanson, écrite il y a plusieurs mois... Trouve exactement sa place, à cet instant. Deuxièmement, son envie « cachée » d'être père est enfin révélée à tous. Troisièmement... Les larmes glissent sur ses joues, sa voix se brise et il parvient tant bien que mal à terminer cette chanson. Son fils lui sourit dans son sommeil... Et, dans son dos, les doigts d'Hélya bougent légèrement. Emmanuel dépose un tendre baiser sur le front de son fils, puis le repose délicatement dans le berceau. Il essuie à l'aide de ses pouces ses larmes, avant de se retourner.

« C'était... Ma.. Gnifique... »

Cette voix faible et roque résonne à ses oreilles comme une libération. Emmanuel se précipite contre sa petite amie, il embrasse son front, ses joues, ses mains, ses lèvres, ses paupières... Et les larmes redoublent sur ses joues. Hélya sourit, et rit légèrement. Emmanuel l'entoure de ses bras, s'allonge à moitié sur elle, et la jeune femme lui tiens la taille d'une main, tout en lui caressant les cheveux de l'autre. Et c'est ainsi, serrés l'un contre l'autre, que leurs amis les découvrent. Hélèna se précipite au chevet de sa soeur, qu'elle embrasse et câline, puis se fourre dans les bras de son petit ami. Abbygaël grimpe sur le lit de sa tante et s'installe à ses pieds. Elody serre sa meilleure amie dans ses bras, échange un doux sourire avec elle, puis retrouve Quentin. Celui-ci échange un regard avec Hélya, et Christophe entoure sa petite amie de ses bras. Alecthy entre en dernier dans la pièce, et il referme doucement la porte avant de s'approcher un peu du lit. Hélya pose sur lui un regard tendre, mais le jeune homme se contente de fixer le sol. Hélèna remarque immédiatement ce comportement non habituel, et quitte les bras de son petit ami. Elle pose une main sur l'épaule d'Alecthy, mais celui-ci ne réagit pas. Son regard ambré fixe le sol, et les larmes glissent silencieusement le long de ses joues. Hélya comprends alors ce qu'il se passe, et elle se redresse brusquement. Emmanuel tente de la retenir, mais elle parvient à se glisser hors de son lit. Elle parcours les quelques mètres qui la sépare d'Alecthy et tend la main vers lui. Elle le touche presque lorsque ses jambes se dérobent sous son poids. Emmanuel étant trop loin, Hélèna étant de l'autre côté... C'est Alecthy qui se penche et la rattrape avant qu'elle ne touche le sol. Il prends soin de ne pas croiser son regard, mais Hélya voit ses larmes et son corps se met à trembler. Hélèna demande à Quentin d'aller chercher un médecin, mais Hélya crie un « Non » ferme et s'accroche aux poignets d'Alecthy. Quentin croise le regard d'Hélèna, puis quitte la pièce d'un pas rapide. Emmanuel est là, à quelques centimètres d'Hélya et d'Alecthy. Ce dernier lui accorde un regard, et le jeune artiste est tétanisé par ce qu'il y lit. Hélya n'a pas eut le droit de croiser son regard, mais elle sait ce que les autres peuvent y lire. Elle le connaît comme si elle l'avait fait, ce jeune homme qui la retient malgré lui. Tous ses membres tremblent, et elle le supplie du regard de la regarder. Elle veut sentir. Elle veut voir. Elle veut qu'il cesse de la protéger, même quelques secondes. Quentin entre à nouveau dans la pièce, accompagné d'un médecin. Hélya resserre son emprise sur les poignets d'Alecthy, alors que celui-ci commence à la relâcher. Et pourtant, il sait que s'il la lâche, elle s'écroulera au sol. Le médecin est affolé par la scène qui se déroule sous ses yeux, et il attrape Hélya par la taille. Il est surpris de sentir les tremblements de la jeune femme sous ses doigts, et la serre contre lui. Il s'apprête sûrement à la soulever, à la reposer sur le lit. Mais même avec toutes les forces de ses bras, il ne parvient pas à la faire bouger.

« Lâchez-moi ! Proteste Hélya, en se débattant légèrement.
- Mais, Mademoiselle... !
- Préparez-vous, Doc', je vais la lâcher... Annonce Alecthy, d'une voix faible.
- Je te l'interdis ! S'écrie alors Christophe, en s'approchant du jeune homme.
- Moi aussi. Ajoute Emmanuel, en avançant d'un pas. Si tu la lâches, Alec, elle ne se relèvera pas.
- Bien sûr que si ! Je vais la rattraper ! S'exclame le médecin, les sourcils froncés.
- Vous ? Demande Hélèna, avant de sourire légèrement. Laissez-les donc faire...
- Ça suffit ! Réplique brusquement Hélya, en resserrant ses doigts autour des poignets de son ami. Vous n'allez pas vous battre ! S'il y a quelqu'un ici qui doit m'empêcher de tomber, c'est mon frère»

Ces quelques mots, prononcés à cet instant, et sur ce ton autoritaire, font réagir toute la petite troupe. Emmanuel pose sur sa petite amie un regard incrédule, Christophe sourit de satisfaction, Hélèna regarde son petit ami en fronçant les sourcils, Quentin échange un haussement d'épaules avec le médecin, Elody s'assoit à côté d'Abbygaël, le médecin relâche Hélya et... Alecthy tourne lentement la tête vers Hélya. La jeune femme sourit doucement, satisfaite... Jusqu'à ce que son regard émeraude lise le regard ambré de son ami. A cet instant, ce qui devait arriver arriva... Hélya perd à nouveau pieds, et cette fois, Alecthy se plie et la prends dans ses bras. La jeune femme glisse timidement ses bras autour de son cou, et quelques larmes glissent sur son visage. Malgré tout, la jeune femme replonge à nouveau son regard dans le sien, et y lit à nouveau... La tristesse, le désespoir, la peur, l'amour, la passion, la tendresse, l'inquiétude, et... Un adieu.




© 2009 ; Emmy.

# Posté le samedi 21 mars 2009 10:01

Modifié le lundi 22 juin 2009 09:42

Sondage :Si vous deviez choisir pour Hélya...

Juste une petite question, pour m'aider à écrire la suite =). Votez et laissez-moi un commentaire, histoire de m'expliquer votre vote et que je sâche qui vote quoi. Voilou! Sur ce, je vous souhaite à nouveau une Bonne Année 2009 ! ManuHélya.

# Posté le vendredi 02 janvier 2009 11:27

Chapitre XXXVIII« We wish you a merry Christmas... »

Chapitre XXXVIII« We wish you a merry Christmas... »
* Cette petite étoile, plus connue sous le nom d'<< astérisque >>, vous la trouverez à trois reprises dans ce chapitre. Et cela, ce n'est pas par hasard. Ce chapitre étant basé sur Noël et la famille, je n'ai pu m'empêcher de penser à certaines personnes. Trois, plus particulièrement. Alors, ces astérisques, placées à des endroits spécifiques, sont ma manière à moi de dédier ce chapitre à mes trois amies, mes trois principales sources d'inspiration. Merci à vous, les filles, d'être là pour moi. Sans votre aide, cette fanfiction n'en serait pas arrivée là. Dégustez ce chapitre, car il vous est dédié. Je vous aimes. ManuHélya.

Post-Scriptum : Je vous préviens, ce chapitre est particulièrement long. C'est normal, c'est mon cadeau de Noël. Bonnes fêtes de fin d'année à tous et à toutes !

_________________________________

Cinq Mois Plus Tard.

Lundi 22 Décembre 2008...

Depuis une semaine, la neige tombe à gros flocons. Et bien sûr, cela ne plaît pas à tout le monde. Certains pestent contre elle parce qu'elle les empêche de s'éloigner de la ville, de rejoindre des proches pour les fêtes de fin d'année. Mais d'autres, au contraire, en sont très heureux. Comme les enfants, par exemple, qui depuis sept jours, passent des heures dehors, emmitouflés dans des vêtements chauds, à lancer des boules de neige ou à fabriquer des bonhommes de neige. Sans oublier, bien sûr, les sorties à la patinoire, ou les concours de luges. Sans aucuns doutes, les enfants sont peut-être les plus heureux, pendant les fêtes de fin d'année. Ils rêvent de voir un bonhomme habillé de rouge et de blanc descendre par la cheminée, de découvrir à leur réveil les cadeaux qu'il a déposé sous (Ou à côté, car il n'est pas toujours assez haut) le sapin traditionnel qui se dresse dans le salon. Le rêve. L'imaginaire. Voilà ce qu'apporte Noël. Malheureusement, nous n'avons pas tous un Noël joyeux et familial. Non, certains sont seuls, pour ces fêtes si familiales. Seuls, dans un appartement ou même dehors, sous la neige. Sans mentir, certains préfèraient que ces fêtes n'existent pas. A cette heure, les magazins sont bondés d'enfants et de parents, passés par là acheter les derniers produits destinés au réveillon. Principalement de la nature, pour ce repas de fête, qu'ils veulent tous parfait. Un repas parfait existe-t-il vraiment ? Eux, ils le pensent. Ils s'imaginent une soirée merveilleuse, de grandes assiettes, une dinde ou du fois gras, et une bouteille de champagne. Une soirée en famille, avec les discussions des grands et les rires des petits.

Voilà, rien de plus, rien de moins.

Ses doigts fins frôlent les touches d'ivoire de l'instrument, en prenant soin de ne provoquer aucuns sons. Comme s'il ne se passait rien. Comme si ses doigts étaient invisibles, comme s'ils ne touchaient pas la douce matière du clavier. Elle est là, debout à côté du piano à queue, au milieu du salon familial. Comme chaque année, la pièce a changée de couleurs. Le canapé a revéti une housse verte et rouge, où des cerfs entraînent le traineau du Père Noël. La table est habillée d'une nappe rouge, de bougies et d'un magnifique bouquet de roses rouges et blanches. Dans un coin, près de la cheminée, il y a le sapin. Il brille de mille feux, avec ses trois girlandes électriques, ses boules multicolores et l'étoile rouge qui le surplombe. Il est fier. Un léger soupir s'échappe de ses lèvres, et à nouveau, ses doigts se baladent sur le clavier. Depuis combien de temps est-elle là ? Une heure, peut-être deux. Qui sait. Elle erre, et elle en connaît parfaitement les raisons. C'est son deuxième Noël sans ses parents. Le deuxième, elle l'avait espéré moins difficile que le premier. Mais au final, il l'est peut-être encore plus. Davantage que cette année qui se termine, a été mouvementée. Elle a rencontré de nouveaux ami(e)s, a trouvé l'amour et surtout, elle mettera bientôt un enfant au Monde. A cette pensée, sa main libre vient se déposer sur son ventre. Ses doigts fins rencontrent la texture douce de sa robe noire, et elle caresse légèrement le tissu. Un enfant. De l'homme qu'elle a toujours aimer, de surcroît. Le bonheur, n'est-ce pas ? Son regard émeraude se pose sur le sapin, et elle pense à l'avenir. Au prochain Noël, qu'elle vivra avec cet enfant, et son amoureux. Elle reste encore ainsi quelques minutes, jusqu'au moment où une ombre s'appuie contre l'embrasure de la porte. Elle se retourne, dévisage de son regard vif celui qui l'a tiré de ses pensées. Elle sourit, visiblement heureuse de le voir, et abandonne le piano. Elle s'approche, doucement, car sa robe est longue et elle fait attention à ne pas se prendre les pieds de dans. Face à lui, elle dépose ses mains fines sur sa veste de costard noir et dépose ses lèvres contre les siennes. Ils échangent un doux baiser, puis il sépare doucement leurs lèvres.

« Tu es prête ? Demande t-il, de sa voix douce, en lui souriant.

- Je t'attendais. Susurre t-elle, en lui rendant son sourire. »

Doucement, il prend sa main féminine dans la sienne, et lui offre un baise-main. La jeune femme sourit, et prend avec plaisir le bras qu'il lui offre. Ensemble, ils quittent le manoir et se retrouvent dehors, dans l'allée. La neige continue de tomber, la nuit avec. L'obscurité envahit de plus en plus la ville. Serrée contre lui, elle s'avance d'un pas, quand soudain un bruit de sabots résonne à ses oreilles. Son regard émeraude se pose sur lui, elle lui sourit sans croire à ce qui lui vient à l'esprit. Il n'a pas fait ça, n'est-ce pas ? Pourtant, bien vite, une ombre déformée s'approche d'eux, et la jeune femme découvre deux chevaux, tirant une magnifique calèche, éclairée par deux lanternes. Emerveillée, la jeune femme éclate d'un doux rire. Sérieux et galant, le jeune homme l'aide à grimper à l'arrière de la calèche, et donne le départ au conducteur. Ses doigts fins entrelâcés avec les siens, elle le regarde, souriante, n'arrivant pas à croire qu'il aît pu faire une chose pareille. La calèche s'élance dans les rues, et une magnifique balade commence. Elle plonge son regard brillant dans le sien.

« Ca te plaîs ? Demande t-il, en la couvant des yeux.

- C'est... C'est magnifique ! Articule t-elle dans un murmure, en lui souriant. Merci, Mon Ange ! »

Sa main libre se pose doucement sur sa joue, qu'elle caresse légèrement, puis elle dépose ses lèvres rosées sur les siennes. Elle l'entraîne dans un doux et amoureux baiser, puis quitte ses lèvres et se blotti contre lui. Elle apprécie au maximum cet instant, respirant l'odeur de son amoureux et admirant le ciel étoilé. A côté d'elle, il semble moins détendu qu'elle. Bien sûr, il apprécie le sourire qu'il a fait naître sur le visage de celle qu'il aime, bien sûr, il est satisfait de sa surprise. Mais il a la tête ailleurs. Il pense à ce qu'il va se passer, dans quelques minutes. A ce qu'il va devoir faire. Et ça le stresse. Du bout des lèvres, il embrasse le front de la jeune femme, et l'admire alors que son regard émeraude est fixé sur le ciel. Elle est tellement belle ! Ses traits sont si fins, sa peau est si douce et si colorée. Sa présence a ses côtés provoque quelques battements rapides à son coeur. Il est si fier d'être à ses côtés, de partager avec elle cet instant magique. Son regard océan fixé sur elle, il lui sourit lorsqu'elle tourne la tête vers lui, ayant senti sur elle un regard insistant. Il dépose ses lèvres sur les siennes, lui offre un lent baiser puis quitte ses lèvres et lui murmure un << Je t'aime >> de sa voix masculine. Elle lui sourit, dépose sa tête contre son épaule sécurisante. La balade se poursuit, et elle reconnaît les rues au fur et à mesure. Elle ne dit rien, mais elle comprend que son petit ami est l'auteur du parcours qu'ils suivent. Elle cherche une logique à ces lieux, et comprend qu'il retrace les souvenirs qu'ils ont dans la ville. La calèche longue la rue où il l'a renversée, elle passe devant plusieurs salles de spectacles, s'arrête quelques minutes devant le Jardin des Tuileries. La jeune femme pose un regard amoureux sur le jeune homme assis à ses côtés, le remerciant d'avance pour cette balade qui n'est pas achevée. La calèche reprend le chemin dessiné par le jeune homme, et ils arrivent bientôt sous la Tour Effiel. Le jeune homme se penche en avant, demande au conducteur de s'arrêter et lui murmure quelque chose à l'oreille, en lui glissant quelque chose dans sa poche. La jeune femme fait mine de n'avoir rien vu, et pose son regard sur l'édiffice. Le conducteur s'éclipse, laissant seuls les amoureux. Le jeune homme se redresse, prend doucement les mains de la jeune femme dans les siennes, et elle lui sourit avec tendresse, en se demandant toutefois ce qu'il se passe.

« Ma chérie... Commence t-il, en plongeant son regard dans le sien. Si j'avais sû qu'en empreintant cette rue, j'allais renverser la femme de ma vie... Je l'aurais pris plus souvent, et sans plus aucunes hésistations. Tu es entrée dans ma vie... Tu es entrée dans ma vie d'une manière inimaginable... C'était brutal, imprévu et si bon en même temps. Tu as boulversé mon équilibre, mes principes, mes envies, ma raison d'être... Tu m'as fais découvrir des choses, tu m'as beaucoup appris aussi... Avec Toi, j'ai découvert l'amour dont tout le monde parle sans vraiment le connaître... Cet amour si fort, cet amour si vivant... Cet amour que nous présente Shakespeare, avec Roméo et Juliette... Tu es devenue mon souffle de vie, mon envie de vivre et de mourir, ma raison d'être... Et... Il pose doucement une main sur la joue de la jeune femme. Et aujourd'hui, je sais que je ne peux plus vivre sans Toi... Sans frôler ta peau, sans sentir la chaleur de ton corps contre le mien, sans entendre ta voix, ton rire... Sans croiser ton regard émeraude, dans lequel j'aime tant lire tes émotions... J'ai besoin de toi. J'ai terriblement besoin de toi... Je t'aime. Je t'aime de tout mon être... Comme je n'ai jamais aimé, et comme je n'aimerais personne d'autre... Il retire sa main liée à celle de la jeune femme, et la glisse dans la poche intérieure de sa veste. Son regard fixé sur elle, il voit glisser quelques larmes sur ses joues. Il tire de sa poche une petite boîte bleue foncée. Mon Ange, Mon Coeur, Mon Amour... Hélya Elisabeth Mary Connors, veux-tu devenir ma femme ? Demande t-il, en ouvrant devant elle la petite boîte. »

Son coeur résonne à ses oreilles comme un tambour. Son regard émeraude est humide, ses joues mouillées de ses larmes. Des larmes joyeuses, bien sûr. Des larmes sucrées et chaudes. Elle pose son doux regard sur la boîte, et découvre une bague fine en argent, composée d'un anneau en argent surmonté d'un diamant sculpté en forme de rose. La bouche a demi-ouverte, elle laisse son regard passer de la bague à son amoureux. Elle est surprise, émerveillée et dans un autre monde. Son regard émeraude se repose sur la bague, et elle remarque au passage que les doigts de son amoureux tremblent. Elle comprend qu'elle le stresse, à mettre autant de temps à répondre. Alors, elle s'approche, passe ses mains dans la nuque du jeune homme et l'embrasse avec passion. Leurs langues se cherchent et se frôlent durant quelques secondes, puis elle écarte doucement son visage du sien, en fixant son regard dans le sien.

« Mon Ange, Mon Coeur, Mon Amour... Dit-elle, avant de glisser doucement ses mains dans celles du jeune homme. Mon Emmanuel Moire... Oui, je veux devenir ta femme. »

Un sourire se dessine sur ses lèvres, et il l'embrasse tendrement. Puis, il sort délicatement la bague de l'écrin, range celui-ci dans sa poche, et prend la main gauche de la jeune femme dans la sienne. Lentement, en la couvant des yeux, il glisse le bijoux à l'annulaire de la jeune femme. Hélya sourit en le regardant faire. Elle apprécie la sensation de ce bijoux qui glisse sur sa peau, représentant par un bien matériel les sentiments de l'être le plus chèr à ses yeux. Doucement, elle pose ses mains sur les joues du jeune homme avant de l'embrasser à nouveau. Elle va devenir sa femme. Elle portait déjà son enfant, elle avait déjà gagné son coeur... Et maintenant, elle prenait une place dans sa vie. Un titre. Un honneur de devenir ; Hélya Moire.

***

Ses doigts aggripés au morceau de bois, les jambes étendues devant elle, elle sourit à sa mère et se lance. La luge glisse le long de la bosse improvisée et la jeune fille éclate de rire. Arrivée en bas, elle quitte l'oeuvre en bois et se précipite dans les bras de son père adoptif. Elle se serre contre lui, plus souriante que jamais. Ses petits bras entourant son cou, elle s'accroche à lui et pose son regard sur sa mère. La jeune femme est à leurs côtés, souriante et paisible. Elle glisse sa main dans celle de son amoureux, et ils se remettent en marche. La dernière fois qu'elle a ammenée sa fille ici, en hiver, c'était le premier Noël sans ses parents. Elle avait eût beaucoup de mal à accepter qu'une telle fête continue d'exister, malgré la disparîtion de ses parents. Mais elle avait une fille, et c'était apparu comme une évidence : Elle devait continuer à fêter ces jours pour elle, pour lui offrir un peu de rêve et de magie. Et puis, pour un sourire sur le visage d'ange de sa fille, elle ferait n'importe quoi. Ses doigts entrelâcés avec ceux de son amoureux, elle entraîne sa petite famille sur le marché de Noël. Les yeux émerveillés par les couleurs, les formes et la beauté de ce qu'elle voit, Abbygaël laisse balader son regard, souhaitant arriver à tout voir, à ne rien laisser échapper. Ils marchent une bonne heure, puis décident de se rendre au point de rendez-vous. Ils se perdent dans les rues jusqu'à trouver le restaurant donné. Ils entrent à l'intérieur, en famille, et demandent la réservation faite à leur égard. L'hôtesse les entraîne à l'étage, et ils se retrouvent à une table, contre une baie vitrée, d'où l'on peut apercevoir la Tour Effiel, illuminée de mille feux. La discussion s'intalle entre eux, en attendant leurs amis. L'hôtesse fait monter plusieurs personnes, qu'elle place assez éloignés d'eux, les rassurant ainsi sur la tranquilité de leur soirée.

Cependant, un couple avec une adolescente montent à leur tour, et l'adolescente reconnaît aussitôt son artiste préfèré. Elle tire sur la manche de son père, attire l'intention de sa mère. Elle semble demander à ses parents l'autorisation d'aller déranger son artiste préfèré pendant ce moment familial. Ces parents commencent par refuser, puis, par lasstitude, accordent à leur fille le droit de quitter la table. Christophe, qui a comprit la situation depuis un moment, tente de se cacher derrière la carte du menus. Mais la jeune adolescente s'approche, et il baisse l'objet, qu'il repose sur la table. Son regard croise celui d'Hélèna, et il lui sourit tristement. Il lui murmure du regard qu'il est désolé. Hélèna hoche l'épaule, semblant d'indifférence, puis pose son regard sur sa fille. Elle lui demande si elle a besoin d'aller au toilette, et comme Abbygaël comprend que sa mère veut s'éloinger, elle accepte et elles quittent la table. Christophe laisse échapper un léger soupir, et la jeune adolescente arrive à sa table. Elle s'arrête à quelques pas de lui, son regard noisette fixé sur lui, elle semble plus timide maintenant.

« Bonsoir... Murmure t-elle presque, d'une voix faible. Excusez-moi de vous déranger...

- Bonsoir. Tu ne me dérange pas... Dit-il, en posant son regard sur elle. Tu veux un autographe ?

- Oui, s'il vous plaît.

- D'accord. Répond t-il, avant d'arracher un bout de nappe en papier, de sortir un stylo de sa poche et de se retourner vers elle : C'est quoi ton prénom ?

- Emilie*. Dit-elle de sa voix douce, un peu plus détendue. Vous... Vous savez, j'suis venue vous voir en concert... A... A Lille. C'était super ! Vous êtes tellement génial...

- C'est... Gentil. Reprend t-il, en griffonnant quelques mots sur le morceau de nappe, avant de le lui tendre : Et voilà !

- Merci ! S'écrie t-elle presque, toute fière, avant de se calmer et de reprendre de sa voix douce. Vous pourrez m'excuser, auprès de votre... De votre femme, et de votre fille... Je... Je ne voulais pas troubler un moment familial... C'est juste que je suis ici jusqu'à ce soir... Alors...

- Merci. Répond t-il, touché par son attention. Je lui dirais.

- Merci à vous. Murmure t-elle, avant de lui sourire et de rejoindre ses parents. »

Son regard marron-vert posé sur elle, il la regarde rejoindre sa table et montrer son autographe à ses parents. Elle est très fière des quelques mots qu'il a griffonné à son attention : « Pour Emilie, Gros bisous, Chris. Maé. » Et lui, il semble impressionné par les émotions qu'il a provoqué. Des pas résonnent à ses oreilles, et le tire de son admiration. Son regard croise celui de son amoureuse, et il est heureux de lire sur son visage un véritable sourire. Elle semble plus joyeuse qu'il y a quelques minutes. Abbygaël retrouve sa place, à côté de sa mère, contre la baie vitrée, et appuie son coude sur la table. Elle pose sa tête dans sa paume et fixe son regard enfantin sur la Tour Effiel. Christophe sourit tendrement à Hélèna.

***


Une douce odeur de vanille, une obscurité illumée par quelques bougies, et de la mousse jusqu'aux oreilles. Voilà l'agréable moment qu'elle s'accorde. Depuis un quart d'heure, elle est plongée dans cette ambiance si paisible et qu'elle aime tant. Elle passe une main dans ses cheveux, et un soupir de bien être s'échappe de ses lèvres. Quelques minutes s'écoulent, durant lesquelles elle continue d'apprécier son instant de solitude et de zen-attitude. Puis, la porte s'entr'ouvre et un sourire se dessine sur le visage de son visiteur. Un doux soupir s'échappe de ses lèvres, et le jeune homme entre dans la pièce. Bien qu'ils soient seuls dans l'appartement, il prend soin de refermer la porte. Il s'approche doucement de la baignoire, se penche et dépose un tendre baiser sur les lèvres de la jeune femme. Il détache lentement leurs lèvres, et sourit en l'observant, un instant. Elody sort son bras de l'eau et attrape son petit ami par le col de son tee-shirt. Elle l'attire à elle et l'embrasse à nouveau. Le jeune homme prolonge le baiser avec tendresse, jusqu'au moment où Elody l'attire davantage à elle et qu'il glisse dans l'eau. Il pousse un cri de surprise avant de s'appuyer sur les rebords de la baignoire. Elody éclate de rire et pose ses mains sur son torse musclé. Quentin plonge son regard dans celui de la jeune femme, et lui faire comprendre qu'il se veangera. Elody lui sourit et passe une main dans sa nuque avant de l'embrasser avec fougue. En appuit sur ses mains, parce qu'il ne veut pas peser sur elle, Quentin prolonge le baiser avec amour. Mais Elody est d'humeur joueuse, ce soir. Il est dix-huit heures, ils ont rendez-vous dans une heure dans un restaurant avec Christophe, Hélèna et Abbygaël. Alors, ils ont encore le temps... Du moins, elle a encore le temps ! Le jeune homme sépare doucement leurs lèvres, et Elody glisse ses mains sous le tee-shirt de son amoureux. Elle dépose ses lèvres sur les siennes, et l'embrasse lentement tout en remontant le vêtement. Surpris, Quentin s'éloigne.

« Lody... Tu sais que je ne suis jamais contre ce genre... Ce genre de... Proposition... Arrive t-il à articuler, avant que la jeune femme ne dépose à nouveau ses lèvres sur les siennes.

- ... Mais ? Demande t-elle en séparant leurs lèvres et en lui souriant.

- Mais, on a rendez-vous dans moins d'une heure maintenant, et nous devons nous changer, tu dois te maquiller, puis ensuite il y a la route à faire...

- Oui, moi aussi je t'aime, Quentin ! Réplique t-elle, avant de l'embrasser amoureusement puis de quitter ses lèvres. Elle est géniale cette baignoire, non ?

- Heum, ouais... Enfin, j'aurais bien aimé que tu évites de m'y mettre. Enfin, bon. Dit-il, avant de secouer la tête et de soupirer. Elody, le rendez-vous !

- Mais, t'as pas compris ?! J'voulais voir si elle pouvait nous contenir tous les deux, avec la masse de l'eau en plus... ! Continue t-elle, sans se soucier de lui. Mais elle est géniale ! Regarde, elle ne déborde même pas ! A croire qu'y a des gouttières sur les côtés ! J'suis sûre que même si tu t'lâches, elle débordera pas !

- Mon Dieu ! Soupir t-il, en la fixant. Allô, la planète Elody ? Ici la Terre Quentin, j'vous rappelle que l'on a un rendez-vous dans... Il jete un oeil à la pendule de la salle de bain, et écarquille les yeux. Dans une demi-heure ! BOUGE-TOI !

- Sans aucuns soucis... Commence t-elle, avant de se mettre à chanter : Philosophie... Akounamatata*...!

- Elody Alexandra James, BOUGE TON CUL ! Hurle t-il, brusquement, la faisant sursauter.

- D'accord, d'accord ! Grogne t-elle, en se redressant. Heum, mouais, okay... Elle s'appuie sur les rebords, et se glisse doucement dans l'espace entre le bras et la jambe de son petit ami, et la baignoire. Elle attrape une serviette, l'enroule autour de sa taille et sort en chantonnant : Un matin suspendu aux fleurs de ton jardin, ma main sur ton p'tit cul, cherche le chemin... »

Un soupir s'échappe des lèvres de Quentin, et il perd l'équilibre. Il glisse, tête la première, dans la baignoire. A la recherche d'une bouffée d'air, il sort la tête brusquement et une vague d'eau glisse hors de la baignoire. Il passe ses mains sur son visage, se retourne, provoquant une nouvelle vague et une nouvelle éclaboussure du sol à présent humide.

« Elle a débordée ! Crie t-il, de manière à ce que sa petite amie l'entende. J'installerais des gouttières demain ! »

Il quitte la baignoire, avance de quelques pas, et enlève ses vêtements mouillés. Il attrape une grande serviette et s'essuie. Devant le mirroir, il s'observe, se fait des grimaces et s'ébouriffe les cheveux. Quelques minutes plus tard, Elody entre dans la salle de bain, habillée d'un silm noir et d'une chemise blanche. Elle retire la serviette dans laquelle elle a enroulé ses cheveux, et s'attèle à les coiffer. Quentin quitte la pièce, et entre dans la chambre. Il enfile des vêtements propres ; jean bleu foncé et tee-shirt imprimé. Il retourne sur ses pas, et se retrouve à nouveau dans la salle de bain. Elody est encore là, les cheveux attachés en une queue-de-cheval, penchée au-dessus de la vasque, près du mirroir, à se maquiller. Il l'observe, un moment, puis il attrape une brosse et place ses cheveux correctement avant d'y ajouter une touche gel. Il se parfume, aussi. Elody termine de se maquiller, de se parfumer, et il rince la baignoire. Elle souffle les dernières bougies, l'attrape par la taille et l'embrasse dans le cou. Elle sent bon la framboise et il aime la sentir contre lui. Il lui sourit, et l'entraîne dans le couloir. Il la plaque contre le mur, l'embrasse avec tendresse puis éteins les lumières. Ils enfilent leurs chaussures, attrapent leurs manteaux et se retrouvent sur le palier. Il glisse la clef dans la serrure, fermant leur appartement à clef, et l'entraîne à l'intérieur de l'ascenseur. Les portes se referment, il l'embrasse, ses mains sur ses hanches fines. Un voyage de quelques secondes, et ils arrivent dans le hall de l'immeuble. Sa main dans la sienne, il l'entraîne à l'extérieur. Ils s'engouffrent dans un taxi, et rejoingent leurs amis.

***


Rome, Italie.

D'un pas pressé, il dévale les escaliers et se retrouve dehors. Son sac sur l'épaule gauche, il s'avance dans les rues pavillonnées. Ici aussi, il neige. D'ailleurs, le jeune homme manque de glisser à plusieurs reprises, mais cela n'atteind pas sa bonne humeur et sa détermination. Il va passer les fêtes de fin d'année loin de sa famille. Et alors ? Qui cela va t-il vraiment déranger ? Sa soeur, peut-être. Quoique, depuis qu'elle s'est entichée de cet homme... Enfin. Il est grand, et il sait ce qu'il veut. Il s'engouffre dans un taxi, et demande l'aéroport. Il y a un quart d'heure de trajet. Il le sait, il connaît le trajet par coeur. Il pourrait le faire les yeux fermés. Le dos appuyé contre la banquette arrière, il s'enfonce davantage, croise ses mains sur son ventre et penche la tête en arrière. Non, il ne dort pas. Ca, c'est ce que le chauffeur pense. Mais la vérité, c'est qu'il pense. Avec toute son énergie, il reconstruit la scène qu'il a tenu à garder en souvenir, précieusement : Hélya, assise au piano, ses doigts se baladant sur le clavier et la douce mélodie qu'elle inventait. Il s'imagine son visage, son sourire, son regard. Puis, soudain, il entend sa propre voix, lorsqu'il lui promet d'être présent à ses côtés le jour de Noël... Et le jour où son enfant viendra au Monde. A ce sujet, Hélya étant enceinte six mois, elle doit savoir s'il s'agit d'un garçon ou d'une fille, à présent... Cette idée lui tire un sourire, et il s'imagine l'enfant dans les bras de sa mère. Passé ainsi, le trajet passe vite. Extrêment vite. Le véhicule s'arrête, Alecthy ouvre les yeux, s'étire et paye le chauffeur. Il quitte l'habitacle, pose son regard noisette sur l'édiffice face à lui avant de s'y engouffrer. A l'intérieur, il regarde autour de lui. Rien à changé. Les files sont toujours aussi longues, les murs sont toujours de la même couleur, l'odeur est toujours la même. Il avale une grande bouffée d'air, et se lance. Il s'approche d'un guichet, demande un aller pour Paris. Quel avion ? Il secoue la tête, cela n'a aucune importance. Tant qu'il arrive à temps. L'employé lui délivre ce qu'il est venu chercher et il s'éloigne le remerciant. Il jete un oeil à son billet et constate qu'il décolle dans une heure. Parfait. Un doux sourire se dessine sur ses lèvres et il se dirige vers le guichet destiné aux bagages. Il fait enregistrer son sac, puis erre dans l'aéroport. Il s'installe à une table, dans un bar, et commande un café. Son portable vibre dans sa poche, et il l'en sort aussitôt. Il dépose le petit appareil sur la table et ouvre le nouveau message qu'il vient de recevoir. Un soupir s'échappe de ses lèvres en le lisant.

# Alec, où est-tu ? On avait rendez-vous, souviens-toi ! Je t'attends à l'endroit donné. Bisous. Je t'aime. Alex. #

Le jeune homme lève les yeux au ciel, il a légèrement oublié ce rendez-vous, avec sa soeur. Il remercie le serveur lorsqu'il lui apporte une tasse de café et en avale deux gorgées avant de se décider à répondre à sa soeur. Il ouvre un nouveau message et le compose très vite, et très simplement :

# Je m'envole. Désolé d'avoir oublier le rendez-vous, j'avais la tête ailleurs. Je t'm. Ton frère. #

Cela fait, il l'envoie et range son portable dans sa poche. Les doigts de sa main droite jouant contre sa tasse, le regard perdu dans le vide ; il pense. Il pense à Hélya, il pense à sa soeur. Il pense aux souvenirs qu'il a d'eux trois, à Paris. Et de l'unique fois où Hélya est venue en vacance dans leur famille, en Italie. De bons souvenirs. De merveilleux souvenirs. Dommage qu'il se soit interdit d'autres identiques. Un soupir s'échappe de ses lèvres, et il chasse ses pensées en secouant légèrement la tête. La suite n'est pas très positive, il vaut mieux ne pas y penser. Il porte la tasse à ses lèvres, apprécie le contact du brevage noir contre sa langue, et la repose vide sur la table de bois. Son portable vibre dans sa poche. Nouveau message :

# Rammène-la, cette fois. Prend soin de toi. Je t'aime. Alex. #

Un léger sourire se dessine sur ses lèvres, il range son portable et quitte le bar en laissant un bon pourboire sur la table. Il jete un oeil à sa montre, il embarque dans un quart d'heure. Génial. Il sort hors de l'aéroport, tire de sa poche un paquet de cigarette et en allume une. Ca, c'est nouveau. Non, en fait, pas vraiment. Il fume depuis plusieurs années, mais depuis quelques mois, c'est plus fréquent. Trois ou quatre par jour, contre une ou deux par semaine. Juste une envie. Il passe sa main libre dans ses cheveux, puis tire sur sa cigarette. La nicotine envahit son corps et il se sent appaisé. Il termine sa cigarette, rejete une dernière bouffée de fumée et retourne à l'intérieur. Il lève la tête, pose son regard noisette sur les écrans et reconnait son vol. Il se dirige vers le terminal indiqué, et monte dans les premiers à l'intérieur de l'avion. Installé à sa place, près du hubblot, il sourit tout seul, heureux de s'imaginer leurs futures retrouvailles. Il s'enfonce dans son siège, salue son voisin de voyage et se plonge dans sa bulle, au moment où l'avion décolle vers un autre Monde.

***

Paris, France.

Le conducteur réapparaît, et la balade nocture peut reprendre. Sa tête posée contre son épaule, un doux sourire sur ses lèvres, elle voit la ville d'une manière différente. Si elle l'admirait, il y a quelques minutes encore, d'un oeil rêveur et dégustateur, à cet instant, elle le dévore et chaque lumière que son regard croise emplifie l'étincelle qui l'habite. Leurs doigts entrelâcés, il ne peut s'empêcher de l'admirer. Non, pas la bague, mais la main qui la porte. Cette main si douce, si blanche, si parfaite, dont les ongles sont si bien traités. Il est presque fasciné par ce membre du corps de sa femme. Soudain, la calèche s'arrête, et il se souvient de la suite de la balade. Doucement, il se redresse et il quitte la calèche, sans lui lâcher la main. Il l'aide à en descendre, et l'embrasse lorsqu'elle se retrouve face à lui et contre lui. Ils échangent un baiser, un sourire, puis il l'entraîne avec lui. Ils quittent la route pavée et s'enfonce dans un semblant de forêt. Là, ils tombent nez à nez avec une grille en fer forgé. C'est une des nombreuses portes du jardin des Tuileries. Il l'ouvre sans difficulté, et l'entraîne à l'intérieur. Ils marchent au milieu des fleurs, des arbres, des plantes, durant plusieurs minutes, puis la jeune femme découvre l'endroit qui lui est destiné : Un par-terre de pétales de roses rouges et blanches, et un petit orchestre. Un doux rire s'échappe de ses lèvres, et elle plaque sa main libre sur sa bouche. Emmanuel se tourne vers elle, enlève délicatement sa main et dépose ses lèvres sur les siennes. Il l'entraîne dans un tendre baiser, jusqu'au moment où les musiciens se mettent à jouer. Sans mal, Hélya reconnaît la douce mélodie d'une de ses chansons préfèrées : « Je fais de Toi Mon Essentiel.* » Un doux sourire se dessine sur ses lèvres, et la voix d'Emmanuel résonne à ses oreilles. Il chante. Il chante, rien que pour elle. Hélya se mord légèrement les lèvres, souhaitant retenir ses larmes, et se laisse faire lorsqu'il l'entraîne avec lui dans une danse. Il continue de chanter, tout en la faisant tourner, en l'entraînant dans des pas qu'elle ne croyait pas être capable de faire. Et puis, elle ajoute sa voix à la sienne, malgré les larmes qui glissent le long de ses joues. Et ils dansent, et ils chantent. Elle est heureuse. Elle a l'impression qu'ils sont sur scène, qu'elle est dans la peau d'Anne-Laure Girbal, pendant l'une de leurs représentations du Roi Soleil. Mais non. C'est sa voix à elle qui sort de ses lèvres, c'est son regard à elle qui rencontre celui d'Emmanuel... Et c'est ses lèvres rosent qui s'unissent à celles du jeune homme. Elle l'aime. Oh oui, elle l'aime ! La chanson se termine, et la jeune femme le remercie dans un murmure. Tant d'émotions en une seule soirée. Après un baise-main, il remercie les musiciens et l'entraîne à nouveau. Ils retrouvent la calèche, sans revenir sur leurs pas, et le conducteur les emmène dans un nouveau lieu. Il les dépose devant un restaurant, où Emmanuel emmène sa Belle dîner. Il l'aide à s'installer, avant de s'asseoir en face d'elle. Elle lui demande sa main, et ils posent leurs doigts entrelâcés sur la table soigneusement nappée. Il ne fait pas les choses à moitié.

« Je passe une soirée magnifique. Déclare t-elle, en plongeant son regard émeraude dans le sien. Merci.

- Ne me remercie pas, pas encore. Dit-il, avant de sourire doucement. La soirée n'est pas terminée, Mon Amour.

- Mon Emmanuel... Murmure t-elle presque, en le couvant des yeux. Si tu savais comme je t'aime.

- Je le sais. Dis-le moi encore, que je puisse toujours me souvenir de ta voix lorsque tu me dis ces mots doux.

- Je t'aime. Souffle t-elle, avant qu'un serveur s'approche de leur table. »

Les amoureux passent commandent, et le serveur s'éloigne. Son regard émeraude se noyant dans le sien, elle ne parvient pas à réaliser ce qu'il se passe. Sa main libre posée sur son ventre arrondis, elle lui sourit tout en repensant au début de soirée qui vient de s'écouler. La balade en calèche, la demande en mariage, leurs quelques pas sur << Mon Essentiel >> et maintenant ce dîner, dans ce magnifique restaurant. Si le jeune homme a décidé de matérialiser ses sentiments, il s'y est bien pris. Très bien, même. Hélya est fascinée, surprise et émerveillée. Son regard brille d'une étincelle qu'il n'avait encore jamais connu. Enceinte, future mariée... Aimée par l'homme qu'elle a tant désiré, sans même le connaître vraiment... Tout est rose, tout est beau, tout est merveilleux. Tellement qu'elle n'arrive pas à croire qu'il s'agit de la réalité. Peut-être est-elle entraîn de rêver ? Un doux et merveilleux rêve, certes... Mais un rêve, quand même ? La caresse du pouce d'Emmanuel sur le dos de sa main la tire de sa rêverie. Ils échangent un sourire, et le serveur leur apporte leurs plats. En se couvant des yeux, ils dégustent le repas et échangent quelques mots. Pas de vrais projets, juste des idées. Principalement autour du mariage à venir, et de la naissance de leur enfant.

« A ce sujet, Mon Amour, notre petit garçon va avoir besoin d'un prénom. Déclare Emmanuel, après avoir terminée son assiette. As-tu une idée ?

- J'ai pensé à Gabriel, Théo, Samuel... Annonce t-elle, avant d'avaler la dernière bouchée de son plat. Et toi, une inspiration particulière ?

- Peut-être... Peut-être pourrions-nous, former un nom à l'aide des nôtres. Qu'en penses-tu ?

- Hum... Fait-elle, tout prenant une mine pensive. Pour une fille, cela donnerais ; Emma, Hélèna, Manuela, voire peut-être ; Manuhélya... Elle soupir, plonge son regard dans le sien. Mais pour un garçon... Cela me semble plus difficile, tu ne trouves pas ?

- Dans ce cas, abandonnons cette solution. Reprend t-il, en entrelâçant ses doigts avec ceux de la jeune femme. L'inspiration nous viendra peut-être au moment de son arrivée...

- Probablement. Acquiesce t-elle, en souriant avec douceur. Je t'aime, Emmanuel.

- Je t'aime aussi, Mon Hélya... »

Dans son regard océan, elle sent l'envie de recevoir ses lèvres contre les siennes. Elle lui sourit, lui faisant intimement la promesse de lui offrir ses lèvres, dès qu'ils sortirons. Un violoniste s'approche de leur table, et partage avec eux un moment romantique et magique. Les minutes filent, comme s'il s'agissait de secondes. Le repas se termine, et ils quittent la table. Ils se retrouvent bien vite dehors, et elle le retient sur le perron. Il s'arrête, se retourne. Elle pose ses mains fines sur la nuque du jeune homme et happe ses lèvres. Ses mains masculines se déposent doucement sur les hanches de sa future femme, et ils échangent un amoureux baiser. Doucement, elle détache ses lèvres de celles de son amoureux, et ils échangent un doux sourire. Il glisse sa main dans la sienne, et l'entraîne avec lui. Quelques mètres plus loin, ils retrouvent la calèche. Hélya sourit, charmée et enchantée, et grimpe à l'aide d'Emmanuel. Une fois installés, Hélya se blotti à nouveau contre le torse de son amoureux et le conducteur fait avancer les cheveux. Tranquillement, sans perdre une once de magie, les amoureux rentrent au manoir familial. Emmanuel demande à Hélya de rentrer, et il paye discrètement le conducteur avant de la rejoindre à l'intérieur. Ils montent à l'étage, se retrouvent dans la chambre de la jeune femme. Emmanuel prend soin d'allumer des bougies, par-ci par-là, et aide sa petite amie à retirer sa robe. Elle enfile une tenue plus confortable, et s'allonge sur le lit. Le jeune homme l'imite, se retrouvant en boxer, avant de s'allonger à ses côtés. Doucement, il pose ses mains sur le ventre arrondis de sa bien-aimée, et sourit en sentant un coup de son fils.

« Je crois que ton fils préfèrera le foot au piano ! Lance t-elle, en grimaçant légèrement, avant d'éclater d'un doux rire.

- Avec une maman pianiste et un papa pianiste, comment pourrait-il ne pas aimer le piano ? Demande t-il en haussant un sourcil. Peut-être qu'il veut simplement dormir, ou que tu ne bouges pas assez à son goût.

- Eh bien ! Qu'il dorme ! Je ne suis pas contre, c'est tellement fatiguant de trimbaler cet énorme ventre ! Soupir t-elle, avant de poser sa tête contre le torse du jeune homme.

- N'oublie pas, Mon Ange, qu'il s'agit du fruit de notre amour. Or, celui-ci est tellement fort... Qu'il est logique que son fruit n'en soit pas moins lourd.

- En tout cas, qu'il devienne pianiste ou footballeur, il a intérêt à avoir tes yeux ! Annonce t-elle, sérieusement, déclanchant l'hilarité de son amoureux. Heey ! Ne te moque pas !

- Je ne me moque pas. Dit-il en reprennant son sérieux, puis en plongeant son regard dans le sien. Tu les aimes tant, mes yeux bleus ?

- Tes yeux ? Répète t-elle avant de sourire légèrement. Je me pourrais m'y noyer ! J'aime tellement m'y perdre... Ils dégagent tellement de choses, et puis, ils me fascinent depuis toujours. Elle murmure, en se noyant dans ses yeux : C'est comme s'ils étaient le mirroir de ton âme...

- S'ils l'étaient... Que verrais-tu, en ce moment ? Demande t-il, en approchant doucement son visage du sien.

- De l'amour... Murmure t-elle, avant de déposer ses lèvres sur les siennes. »

Leurs lèvres s'unissent et ils échangent un amoureux baiser. Ils se glissent sous les couvertures, se blottissent l'un contre l'autre et échangent un doux sourire. Les bougies s'éteignent peu à peu, et les amoureux s'endorment ensemble, leurs corps serrés l'un contre l'autre. Et à l'intérieur du ventre d'Hélya, leur petit garçon s'amuse avec ses doigts.

***

Le repas terminé, les cinq amis quittent le restaurant. Dehors, devant la face illuminée du bâtiment, ils échangent quelques mots. Ils se donnent rendez-vous dans deux jours, pour le réveillon de Noël, prévu au manoir. Un sourire figé sur leurs lèvres, ils se séparent. Christophe, Hélèna et Abbygaël s'engouffrent dans un taxi et rentrent au manoir. Quant à Elody et Quentin, ils décident de se balader quelques minutes en ville, histoire de profiter de Paris, sous la neige, en pleine nuit. Main dans la main, ils se baladent parmis les quelques passants. L'obscurité cachant leurs traits, personne ne reconnaît le jeune homme qui marche aux côtés d'Elody. Ils marchent encore un peu, jusqu'à arriver aux pieds de la Tour Effiel. Elody pose un regard envieux sur son amoureux, et il cède en un léger soupir. Ils grimpent dans l'ascenseur, et elle le plaque contre la paroie de verre. Front contre front, leurs mains sur les hanches de l'autre. Ils grimpent au plus haut. L'ascenseur s'arrête, elle dépose un léger baiser sur ses lèvres puis quitte la cabine précipitament. Il la rejoint contre la barrière, entoure sa taille de ses bras. Elle regarde en bas, elle regarde le ciel. Elle est fascinée par ce qu'elle voit, il dépose un tendre baiser dans son cou. Elle se retourne, sans se séparer de son étreinte. Son regard se plonge dans celui du jeune homme, il sourit et dépose ses lèvres sur les siennes. Il lui offre un doux baiser, puis elle sépare leurs lèvres et fourre sa tête dans son cou.

« Tu te souviens de ce qu'Emmanuel devait faire, ce soir ? Lui demande t-il, dans un murmure.

- Oui. Soupir t-elle doucement, avant de déposer un baiser dans son cou.

- A ton avis, c'est réussi ? Elle... Elle a accepté ? Insiste t-il, faisant relever la tête à la jeune femme.

- Mais oui, oui ! Dit-elle, en plongeant son regard dans le sien. Bien sûr !

- Hum. Parce qu'il était très stressé, cet après-midi.

- Mais, c'est normal ! Ce n'est pas rien, de faire sa demande à une femme ! Soupir t-elle, avant de poser son oreille contre le coeur de son amoureux.

- Elody... Commence t-il, avant de toussoter légèrement et de reprendre d'une voix plus assurée. Tu... Tu veux te marier, toi ?

- Je... Dit-elle, en relevant brusquement la tête et en le fixant, surprise.

- Je... Ce n'est pas une proposition ! Enfin si, mais non.. C'est juste pour savoir, si tu veux te marier, plus tard... Babouille t-il, avant de passer une main sur son visage.

- Heum... Ecoute, commence par installer des gouttières à la baignoire... Et ensuite... Ensuite, on verra. Déclare t-elle, avant de rire légèrement, gênée.

- Les gouttières... Répète t-il, avant d'afficher un sourire gêné. Oui, bien sûr, oui. »

Ils échangent un regard gêné, et le jeune homme regrette d'avoir abordé ce sujet. Elody le ressent et elle dépose ses lèvres sur les siennes, sans hésitations. Elle l'entraîne dans un amoureux baiser, lui caressant la nuque et le dos de ses doigts fins. Le jeune homme frissonne et ils oublient leur gêne. Elle détache lentement leurs lèvres et pose sa tête contre son épaule. Elle ferme les yeux et fixe son attention sur les battements du coeur de son petit ami. Quentin, quant à lui, admire la vue qu'il a d'ici. Faut dire qu'il n'y avait pas vraiment fait attention avant, il était trop occupé à admirer ou à câliner sa petite amie. Quelques minutes s'écoulent, puis il dépose un tendre baiser sur le front d'Elody. La jeune femme papillonne des yeux, puis relève la tête. Ils échangent un court baiser puis décident de rentrer. Ils retrouvent l'habitacle de l'ascenseur, puis s'engouffrent dans un taxi une fois arrivés en bas. Dix minutes plus tard, ils retrouvent la chaleur de leur appartement. Dans l'entrée, ils se débarassent de leurs manteaux et de leurs chaussures. Puis, ils se dirigent directement vers la chambre. Ils se déshabillent rapidement, puis se glissent sous les draps blancs. Ils échangent quelques baisers, puis se blotissent l'un contre l'autre avant de s'endormir.

***

Sans secousses, l'avion se pose sur la piste d'attérissage. Quelques minutes plus tard, Alecthy se retrouve dans l'aéroport parisien, à attendre l'arrivée de son sac. L'objet récupéré, le jeune homme le dépose sur son épaule et il quitte le bâtiment. Il s'engouffre dans un taxi et le chauffeur le dépose à quelques rues du manoir familial. Seulement, il ne s'en approche pas. L'envie ne manque pas, pourtant. Il paye le chauffeur et regarde autour de lui. Il admire les rues vides à cette heure tardive et se dirige vers l'hôtel le plus proche. Il entre à l'intérieur d'un bâtiment luxueux et s'annonce. La réceptionniste lui donne un pass, il la remercie et se laisse avaler par l'ascenseur. Trois étages plus tard, il se retrouve devant la porte de sa chambre. Il ouvre la porte, allume les lumières et referme la porte. Il fait quelques pas, dépose son sac sur le sol et fait le tour du propriétaire. Une salle de bain en marbre, avec baignoire et douche, des toilettes, et une chambre grise et blanche, avec un grand écran et un lit double... Sans oublier la baie vitrée, avec vu sur le jardin des Tuileries. Trouvant sa chambre parfaite, il retourne auprès de son sac. Il l'ouvre et en sort une pochette noire. Il s'affale sur son lit et sort son ordinateur portable de la pochette. Il le pose devant lui, sur le couvre-lit, et l'allume. Ne ressentant aucune fatigue, il tapote sur son clavier durant plusieurs heures. Il écrit des mails, fait quelques jeux et surtout, regarde des photos. Vers trois heures du matin, quelqu'un tambourine à la porte d'à côté. Il fronce les sourcils, et termine par sortir dans le couloir. C'est une femme, dont les vêtements sont tachés de sang, qui tambourine à la porte. Les sourcils froncés, il hésite un instant. Intervenir, ou pas ? La jeune femme s'écroule, le dos contre la porte brune. C'est à ce moment qu'il prend sa décision. Il se précipite vers elle, prend son visage entre ses mains et lui adresse la parole. Elle gémit, lui murmure quelque chose en italien. Aussitôt, le jeune homme répète ses mots dans cette langue qu'il connait si bien. La jeune femme est surprise et lui explique que son mari a bu, qu'il vient de la frapper à la tête et de la jeter dehors. La colère gonfle le torse du jeune homme, et il se retient d'enfoncer la porte. Alecthy lui explique qu'il travaille en Italie, dans l'armée, et qu'elle peut lui faire confiance, qu'il va l'aider. D'abord, il commence par retourner dans sa chambre, et s'emparer de sa trousse de secours. Il administre les soins nécessaire à la jeune femme, puis décide de s'occuper du mari. Il décide qu'enfoncer la porte n'est pas forcément la bonne solution, et qu'alerter l'hôtel n'est pas forcément nécessaire... Puis réfléchit et décide d'appeler un membre du service d'étage. Un jeune homme monte donc au troisième, et Alecthy le prend à part. Il lui explique la situation, et c'est le jeune homme qui trouve la solution ; il va donner une autre chambre à la jeune femme, pour la nuit, et ils s'occuperont de son mari demain, lorsqu'il aura décuvé. Seulement, il fait promettre à Alecthy de le rappeler si l'homme quitte la chambre bruyamment ou s'il cause d'autres problèmes, afin qu'il prévienne les forces de l'ordre. Alecthy hoche la tête, et il regarde la jeune femme partir avec le jeune homme. Il retrouve sa chambre, et se replace devant son ordinateur. Il recommence ses différentes activités, jusqu'à en avoir marre. Vers cinq heures du matin, il éteins son ordinateur, le range et s'approche de la baie vitrée. Il éteins les lumières et admire la vue. Dans quelques heures, il sera à ses côtés. Dans quelques heures, il pourra poser ses doigts sur sa peau délicate, il pourra plonger son regard noisette dans le sien. Un doux soupir s'échappe de ses lèvres. Qu'est-ce que l'on ne ferait pas pour la femme que l'on aime ? Du bout des doigts, il caresse la vitre fraîche. Oui, il l'aime. Depuis des années. Du bout de l'index, il dessine un coeur à l'aide de la buée. La vie est difficile, loin d'elle. Terriblement difficile. Mais elle ne doit pas le savoir, non, c'est interdit. Il s'est crée une vie loin d'elle, en Italie, et il doit continuer à la tenir. Il s'accorde des visites, mais pas très fréquentes, parce qu'elle aussi doit tenir sa vie, pendant lesquelles les limites sont poussées au maximum. Il s'accorde le goût de ses lèvres, de sa langue, de sa peau... Tout en sâchant qu'elle ne lui appartiendra jamais. Non, jamais. Depuis sa naissance, elle appartient à un autre. Et il le sait. Il en a conscience... Cela ne l'empêche pas de la désirer, de vouloir sentir sa peau sous ses doigts. De l'aimer. C'est certain, il la voudrait sienne... Plus que tout au monde ! Mais ce n'est pas permis. Il se l'interdit. Il sait qu'il ne serait pas capable de lui donner ce qu'elle mérite. N'est-ce pas pour cela, sans qu'elle le sâche, qu'il s'est engagé dans l'armée Italienne ? N'est-ce pas à cause d'un amour caché ? Il avait voulu s'éloigner d'elle, en espérant que son amour pour elle s'éteindrait avec le temps. Mais en vérité, il n'avait fait que grandir davantage. Alors, bien sûr, la voir dans les bras d'un autre le dévorait... Mais il sait qu'elle a besoin d'un équilibre, d'un équilibre qu'il ne pourra jamais lui donner, et que l'homme qu'elle a choisit possède. Une larme glisse le long de sa joue, et il l'efface bien vite. Non, il doit cesser de penser à tout cela. Il doit être positif. Avec un peu de chance, Emmanuel aura suivit son conseil et aura demandé Hélya en mariage. Peut-être que voir la bague à son annulaire l'aidera à calmer ses ardeurs. Il l'espère. Et puis, elle sera heureuse avec lui, il le sait. Plus que si elle était avec lui, le soldat Italien. Il ne compte plus toutes les fois où il lui ment, lui racontant que l'Italie, ça lui plaît, et qu'il s'épanouit dans son travail. La boue, le sang, les armes. Où est l'épanouissement ? Où est le bonheur ? Son bonheur, le vrai, c'est lorsqu'il se retrouve seul dans sa chambre, qu'il ferme les yeux et qu'il s'imagine son visage. Quand il repense au goût de ses lèvres, à son odeur. Quand il s'imagine sa prochaine visite auprès d'elle, aux mots qu'il prononcera, et de quelle manière. Et quand il repense à ses promesses. Qu'est-ce qu'il a pu lui promettre toutes sortes de choses ! En partant pour l'Italie, il avait promit de revenir la voir tous les cinq ans. Ainsi, ils vivaient leur vie loin de l'autre, et elle aurait des amis qu'il ne connaitrait pas. Et surtout, elle arriverait à tomber amoureuse. Et elle pensait moins à lui, il le savait. Elle avait beaucoup de choses à faire, entre l'Université, ses amis et ses soucis. Oh, oui, il savait qu'elle avait traversé une période pénible, après la mort de ses parents. Et il était au courant de chacun de ses gestes déplacés. Si elle buvait, si elle tentait de mettre fin à ses jours... Il savait tout. Parce qu'il avait fait promettre à Hélèna de veiller doublement sur Hélya, et de le tenir discrètement au courant de la santé de son amie. C'est ainsi qu'il a su que lors de sa prochaine visite, il la trouverait avec un homme à son bras. Et il lui avait fais deux autres promesses, deux promesses qu'il n'aurait jamais dû faire : Être là à Noël, et à la naissance de l'enfant. Il n'aurait jamais dû faire ces promesses, car sa prochaine visite ne devait être que dans cinq nouvelles années. Mais il avait cédé. Il avait faiblit. Cinq années loin d'elle, c'était difficile, et il les supportait de moins en moins. Mais, là aussi, c'était un privilège. Un privilège qu'il lui avait accordé... Ce soir-là, où il s'apprêtait à disparaître à jamais. Il rejoignait l'Italie, pour son nouveau travail, et venait de lui faire ses adieux... Quand elle l'a suppliée de revenir, de ne pas l'abandonner à jamais. Et c'est ce soir-là, qu'il lui a fait cette promesse, celle de revenir tous les cinq ans, jusqu'à ce qu'elle l'oublie totalement ou qu'elle cesse de vouloir le voir. Et il était là, dans cette chambre d'hôtel, parce qu'il comptait tenir ses nouvelles promesses.

_____________________________________



Mercredi 24 Décembre 2008...


20h30.

D'un geste vif, elle étend la nappe rouge et blanche sur la table. Du bout des doigts, elle enlève les quelques plis, et annonce que l'on peut commencer à dresser la table. Aussitôt, son petit ami arrive dans son dos, entoure sa taille de ses bras sécurisant et dépose un tendre baiser dans son cou. Surprise et sur les nerfs, Hélya le repousse brusquement. Emmanuel soupir et s'approche d'un placard. Il l'ouvre en grand et en tire des assiettes. Hélèna crie quelque chose de la cuisine, et Hélya la rejoint. Emmanuel dépose sept assiettes sur la table, et s'attaque aux couverts. Les mains dans l'évier, Hélèna demande à sa soeur de fermer la porte de la cuisine, avant de s'approcher d'elle. A l'étage, Christophe aide Abbygaël à s'habiller. Dans le salon, Emmanuel continue de dresser la table, Elody déplace quelques meubles et Quentin revise quelques partitions, sur les chants de Noël. Hélya fronce les sourcils et s'hisse sur un plan de travail, non loin de sa soeur. Hélèna la fouette avec un torchon, lui indiquant que sa position n'est pas correcte, Hélya proteste en lui demandant pourquoi elle l'a appelée.

« J'ai besoin de toi pour terminer le repas. Indique Hélèna, en reprenant sa vaisselle.

- Eh bien, demande donc à Elody, moi, je dois terminer de préparer la table ! Annonce t-elle, en descendant du plan de travail.

- Bon. Soupire la jeune femme, avant de se retourner vers sa soeur. Très bien, ce n'est pas pour cela que je t'ai appelée.

- Je m'en doutais ! S'écrie presque Hélya, légèrement joyeuse, avant de remonter sur le plan de travail. Alors ?

- Est-ce que... Est-ce que tu t'attends à le voir, ce soir ? Lui demande t-elle, avant de replonger les mains et le regard dans l'eau.

- Peut-être. Cela a-t-il une importance particulière ?

- Non. Enfin, si. C'est le réveillon... Peut-être... Peut-être qu'Emmanuel...

- Emmanuel ! Soupir la jeune femme, avant de taper sa paume contre sa cuisse. Le réveillon concerne tout le monde, Hélèna... !

- Oui. Réplique t-elle, sèchement, avant de se tourner vers sa soeur. Mais Hélya, tu es fiancée à présent, alors il n'est plus question de jouer avec les nerfs de ton mari !

- J'aime Alecthy. Dit-elle doucement, en fixant sa soeur dans les yeux. Vivre sans lui m'est difficile. Alors, s'il te plaît, laisse-moi apprécier les quelques visites qu'il m'autorise.

- Je sais que tu l'aimes, Hélya. Soupir t-elle, avant de vider l'évier. Mais comprends que tu vas être la femme d'Emmanuel, et qu'il sera naturel qu'il réagisse avec violence, s'il te trouve lèvres collées à celles d'Alecthy. Tu ne peux pas être avec deux hommes en même temps, Hella. Même si tu le voudrais. Tu as choisi Emmanuel, alors, s'il te plaît, respecte ton choix.

- Je respecte mon choix. Réplique t-elle, sèchement, avant de quitter la pièce. »

Hélèna laisse échapper un léger soupir et regarde autour d'elle. Par-ci, par-là, des plats ou des emballages plastiques traînent. Elle prend une grande bouffée d'air et se remet au travail. Hélya retrouve le salon, où elle découvre son petit ami, entrain de mettre des serviettes en papier dans les verres. Elle sourit, s'approche de lui dans son dos et lui caresse doucement le torse, avant de l'embrasser dans le cou. Emmanuel pousse un soupir de soulagement et se retourne vers elle. De sa main libre, il plaque la jeune femme contre son torse et l'embrasse avec tendresse. Elody lève les yeux au ciel et retrouve son petit ami. Elle l'admire dans son travail studieux, puis grimpe sur le dessus du piano. Elle s'installe là, les yeux rivés sur lui.

Quelques mètres plus haut, dans la chambre d'Abbygaël. Debout sur son bureau, pieds nus et les cheveux retombant en casades sur ses épaules, sa petite main dans son dos afin de tenir la fermeture éclaire de sa robe, la fillette patiente. Christophe déboule dans la pièce et s'approche du bureau. La fillette enlève ses mains et il reprend la bataille. Il tente de faire la fermeture, mais celle-ci semble coincée. Ses doigts retenant à présent ses long cheveux blonds, Abbygaël tente de ne pas bouger. Au bout de quelques minutes, Christophe parvient à fermer la fermeture, et Abbygaël pousse un cri de victoire. Le jeune homme prend la fillette dans ses bras puis la dépose sur le sol. Sa petite main dans la sienne, il l'aide à tourner sur elle-même afin de l'admirer. Elle est magnifique. Sa robe rose pâle descend jusqu'à ses chevilles, et lui donne des allures de princesse. Un doux rire s'échappe des lèvres d'Abbygaël, et Christophe l'embrasse sur la joue. Puis, il l'aide à enfiler ses petites chaussures, assorties à sa robe. Cela fait, il dépose un baiser sur son front et s'éclispe quelques instants. Debout devant le mirroir de sa chambre, Abbygaël s'admire. Un sourire se dessine sur ses lèvres, et elle tourne sur elle-même, s'amusant du mouvement de sa robe. Un rire s'échappe encore de ses lèvres, puis elle coure, saute sur son lit, et se met à danser, telle une princesse à un bal. Ses cheveux blonds volent dans les airs, et elle sent si légère... Dans la pièce d'à côté, Christophe s'habille à son tour. Costard cravate, pour l'événement. Il s'habille, se coiffe, se parfume. Il enfile des chassures puis rejoint sa fille adoptive. Lorsqu'elle voit apparaître son père, Abbygaël ne reste bouche bée. Elle se précipite aussitôt dans ses bras et l'embrasse sur les joues en le compliemtant son son odeur et sa tenue. Souriant, ils descdent au rez-de-chaussé. Dans la cuisine, Hélèna échange un doux baiser avec son amoureux, complimente sa fille et les laisse rejoindre le salon en reprennant son activité. Dans le salon, Hélya prend Abbygaël dans ses bras et la serre contre elle quelques instants, jusqu'au moment où le bébé bouge et qu'Abbygaël ouvre de grands yeux surpris. Reposée à terre, Abbygaël p leose ses petites mains sur le ventre de sa tante, jusqu'à ne plus sentir le bébé qui y grandit. Attendrit, Christophe l'observe un instant, puis la fillette se précipite dans ses bras et ils échangent un rire. Il dépose la fillette sur le dessus du piano, à côté d'Elody. Debout sur le piano, Abbygaël se met à tournoyer au rythme de la mélodie jouée par Quentin. Christophe se met à taper du pieds, et bientôt, ils se mettent tous à chantonner. Abbygaël, plus souriante que jamais, continue de tourner et de danser en rythme, sur la mélodie et la voix de ses proches. Un énorme plat sur ses paumes, Hélèna entre dans la pièce. Elle sourit en découvrant la scène, et dépose le plat sur la table. Elle indique à tout son petit monde que le repas est prêt. Mais personne ne bouge, et bientôt, Emmanuel, Hélya et Hélèna se rapprochent du piano. Quentin se pousse légèrement, et Emmanuel s'assoit à ses côtés. Bientôt, ils jouent à quatre mains, et leurs voix à tous se mélangent en une douce harmonie. La soirée s'avance, et bientôt la pendule du salon sonne neuf heures et demi. Les amis s'installent alors à table.

23h38.

Le repas touche à sa fin, et les convives commencent à débarasser la table, assiette par assiette. L'ambiance est agréable, joyeuse. Abbygaël est sur les genoux de son père, et elle s'amuse avec un bouchon en leige. Christophe, lui, est en pleine discussion avec Quentin. Sous la table, discrètement, Elody glisse sa main dans celle du jeune homme. Il réagit en la serrant dans la sienne et en souriant légèrement, sans la regarder. Emmanuel aide sa femme et sa belle-soeur a débarasser la table. Seule, pour quelques secondes seulement, dans la cuisine, Hélya dépose son assiette dans l'évier et laisse échapper un léger soupir. Il n'est pas là. Il ne viendra pas. Son regard s'humidifie et son fils lui offre un coup de pieds. Les larmes glissent le long de ses joues et elle se tient le ventre. Une assiette dans chaque main, Emmanuel entre dans la pièce en sifflotant. Mais il s'arrête net en croisant le regard émeraude de sa petite amie. Il dépose les assiettes et s'approche d'elle. Il pose ses mains sur ses joues, essuie ses larmes et Hélya pose sa tête contre son épaule. Il l'entoure de ses bras protecteurs et embrasse son front. Il lui murmure des mots doux, lui demande ce qu'il lui arrive. Elle répond simplement que leur enfant lui a affligé un coup plus fort que les autres. Et ils en restent là. Emmanuel la garde dans ses bras durant un bon moment, Hélèna entre dans la pièce et dépose quelques plats avant de sortir, un sourire sur les lèvres. Abbygaël quitte brusquement les genoux de son père et coure se poster à côté du piano. En sautillant, elle demande à Quentin de se mettre au piano, afin qu'ils chantent des chants de Noël. Christophe lui demande de patienter quelques minutes encore, qu'il finisse leur conversation. Quentin se lève et indique qu'ils pourront reprendre plus tard. Abbygaël coure dans la cuisine et prend sa tante par la main. La fillette rassemble tout le monde autour du piano. Quentin et Emmanuel jouent à quatre main, Christophe sort un harmonica. Abbygaël retrouve le dessus du piano, Elody aussi, Hélèna se contente de poser un coude sur l'instrument. Quant à Hélya, elle reste un peu à l'écart, le dos appuyé dans l'embrasure de la porte. Et bientôt, minuit sonne.


Jeudi 25 Décembre 2008...

Brusquement, toutes les lumières s'éteingent. Coupure de courant. Abbygaël pousse un cri d'horreur et saute dans les bras de sa mère. Emmanuel et Quentin quittent le piano, cherchant respectivement l'être qui compte le plus à leurs yeux. Elody se retrouve bien vite dans les bras de Quentin, Hélèna et Abbygaël dans ceux de Christophe. Emmanuel prononce le prénom de sa petite amie, et celle-ci ouvre la bouche pour répondre, quand soudain une main se pose sur sa bouche, avant qu'une autre l'attrape par le bras. Bien vite, elle se retrouve dehors, dans la pénombre nocture, accompagnée d'une ombre. La lumière revient, et Emmanuel cherche Hélya. Celle-ci se fait entraîner hors de la propriété familiale, sans connaitre encore l'identité de l'ombre. Arrivés dans une rue éclairée, sous un lampadaire, elle force l'homme à se retourner en tirant sur son bras, et croise alors son regard. Son coeur manque un battement avant de s'accélèrer vivement. Il lui sourit, et elle noue ses bras autour de son cou. Il pose ses lèvres sur les siennes et elle s'y accroche comme on s'accroche à une bouée. Il détache leurs lèvres et plonge son regard noisette dans le sien. Il essuie de son pouce les quelques larmes qui humidifient les joues de la jeune femme. Elle lui sourit, serre sa main dans la sienne. Alecthy.

« J'ai cru que tu ne viendrais jamais. Avoue t-elle, d'une voix triste.

- C'est aujourd'hui Noël. Annonce t-il, en souriant, avant de regarder autour d'eux. J'ai tenu ma promesse !

- Je sais. Dit-elle, en croisant à nouveau son regard. Tu les tiens toujours.

- Avec Toi, oui. Répond t-il, avant de poser son regard sur la main qui serre la sienne et d'ajouter, dans un murmure : Je vois qu'il m'a écouté.

- Quoi ? Grogne t-elle, en retirant brusquement sa main de la sienne. Tu étais dans le coup ?!

- Bien sûr ! Avoue t-il, avant de faire une légère grimaçe.

- C'est pas vrai ! S'énerve t-elle avant de tourner les talons et de commencer à s'éloigner.

- Mais enfin, Bella... ! Soupir t-il avant de se mettre à courir, il la double et s'arrête devant elle, l'obligeant à s'arrêter à son tour.

- Je ne veux plus me marier. Déclare t-elle, sèchement, en le fixant avec rage.

- Je te l'interdit ! Réplique t-il aussi, de la colère et une once de panique dans la voix.

- Tu m'interdis quoi ? Réplique t-elle, en hurlant presque. Tu m'interdis de ne pas épouser cet homme ?!

- Je t'interdis de ne pas être heureuse ! Explique t-il, doucement, deux tons plus bas. Je t'interdis de te priver d'une famille, d'une vie heureuse...

- Comment puis-je m'autoriser une chose pareille, alors que toi tu t'interdis même une amourette ! Proteste-elle en le fixant, le regard pleins de reproches.

- On ne parle pas de moi. Réplique t-il sèchement. C'est de toi qu'il s'agit, aujourd'hui !

- C'est bizarre, mais quand tu viens me voir, il s'agit toujours de moi ! MON bonheur, MA vie, MON amoureux, MES amis, MA famille ! Hurle t-elle en écartant les bras, avant de le pointer du doigt. Et toi, dans tout ça ? Et TA vie, TON amoureuse, TES amis, TA famille ?!

- Ma vie, mon amoureuse, mes amis, ma famille... Murmure t-il, en baissant le regard. Tu as tout ça devant moi.

- Tu as le droit d'être malheureux, de te priver d'Amour, et moi non ? Réplique t-elle, en le fixant.

- Je suis malheureux lorsque je suis loin de toi, et je ne me prive pas d'amour... Se défend t-il, en évitant son regard.

- Alec. Soupir t-elle, en passant une main dans ses cheveux. J'avais seize ans, tu venais d'avoir tes dix-huit ans. J'étais folle de toi, tu répondais à mes signaux, tu étais tendre, tu semblais être attaché à moi. Je n'en étais pas sûre, mais cela ne m'effrayait pas. Je voulais tes bras, je voulais tes lèvres, je voulais être tienne. Tu es parti, tu m'as déchiré le coeur, je n'avais plus envie de vivre. Tu m'as promis de revenir tous les cinq ans, pour me montrer que tu ne m'oubliais pas. Et je me suis mise à attendre que ses cinq ans s'écoulent, avec plus de bas que de haut. Bon sang, Alec, c'est si long cinq ans ! Et puis, tu es revenu. Tu n'as jamais manqué un seul de nos << rendez-vous >>. Je t'attendais toujours, malgré les années qui s'écoulaient. Et chaque fois, c'était la même chose, tu posais tes lèvres sur les miennes et je me sentais unique au Monde. Je voulais toujours être tienne, mais tu savais mettre la distance qui suffisait pour me faire comprendre que je ne pouvais être avec toi. Alors, dans mes conquêtes, je te cherchais. En plus jeune, en plus vieux, avec une coupe de cheveux différente, avec des yeux différents. Et on a continuer à grandir. Je suis devenue adulte et tu m'as fais comprendre qu'il me fallait trouver quelqu'un avec qui faire ma vie. J'admirais Emmanuel, j'en suis tombée amoureuse. Et je l'ai rencontrée. Je suis folle de lui... Mais dès que tu réapparaîs, Alecthy, dès que tu es dans la même pièce que moi, l'envie d'être tienne m'envahit et je pourrais tout abandonner pour être dans tes bras, pour toucher tes lèvres, pour avoir l'impression de t'appartenir. D'être celle que ton coeur a choisit. Mais à chaque fois, tu disparaîs et je reprend le court normal de ma vie, comme si celle-ci s'était suspendue, pendant quelques jours. Elle le fixe, essuie une larme naissante. Alec, sur tes conseils, Emmanuel m'a demandée en mariage, j'ai accepté parce que tu n'étais pas dans les parages et que mon amour pour lui était au plus fort, et je vais être la mère de son enfant. Tu voulais que j'ai une famille, que je sois heureuse. Je vais l'être. Mais à présent, les rôles s'inversent. Maintenant, c'est toi qui va rester en Italie et c'est moi qui vais venir te voir. C'est moi qui vais mettre ma vie entre parenthèses jusqu'à ce que tu épouses une femme et qu'elle mette au Monde ton enfant.

- Bella... Ma vie n'a pas d'importance... Soupir t-il, en prennant les mains de la jeune femme. Pour moi, tout ce qui compte, c'est ton bonheur.

- Et pour moi, Alec, tout ce qui compte, c'est que tu formes une famille et que tu sois heureux. Annonce t-elle, en serrant leurs mains.

- Je... Je ne sais pas si j'y parviendrais. Avoue t-il, la voix brisée, le regard humide.

- Oh que si, tu y arriveras ! Réplique t-elle posant son menton contre son torse, sans le quitter des yeux. Je t'aiderais.

- Je t'aime, Bella. Murmure t-il, avant de déposer ses lèvres sur le front de la jeune femme.

- Moi aussi, Alecthy. Dit-elle en fermant les yeux au contact de ses lèvres sur sa peau, puis elle rouvre les yeux et repense à ses amis. Nos amis doivent s'inquièter. Viens, allons les rejoindre. »

Main dans la main, elle l'entraîne en direction du manoir familial. Sans un mots, dans un silence appaisant, où chacun communique avec l'autre grâce à son regard, ils traversent l'allée gravillonnée et pénètrent à l'intérieur du manoir. Elle l'entraîne au salon, et tous les regards se posent sur eux. Des regards inquièts et surpris. C'est Hélèna qui réagit la première. Elle s'avance et prend Alecthy dans ses bras. Elle lui fait la bise, et entame une légère discussion avec lui. Abbygaël se précipite dans les bras de son oncle en lui souhaitant un joyeux noël. Alecthy accueille la fillette avec un grand sourire et l'embrasse en la complimentant sur sa jolie tenue. Hélya s'approche d'Emmanuel, mais celui-ci quitte la pièce et se réfugie à l'étage. La jeune femme échange un regard avec sa soeur avant de le suivre. Au passage, Christophe l'attrape et lui glisse quelques mots à l'oreille. Hélya soupir et monte à l'étage. Alecthy la suit un instant des yeux, puis il sourit à Abbygaël et salue les autres convives. A l'étage, Hélya frappe légèrement à la porte de sa chambre avant d'entrer. Elle y trouve Emmanuel, l'épaule appuyée contre la fenêtre, dos à elle. La jeune femme referme la porte et s'approche de lui doucement. Elle pose ses mains dans son dos, il frissonne et bouge légèrement.

« Mon Amour...

- Où as-tu été le chercher, cette fois ? Lui demande t-il, d'une voix sèche.

- Nul part. Répond t-elle en retirant ses mains. Il est venu seul.

- Mais tu savais qu'il allait venir, n'est-ce pas ? Accuse t-il, sans bouger.

- Oui. Avoue t-elle, en regardant dehors. Et j'en étais très heureuse.

- Plus heureuse quand c'est lui à tes côtés. Marmonne t-il, figé sur place.

- Non ! Mais enfin, qu'est-ce que tu racontes ! Proteste t-elle, en l'attrapant par les épaules. Je ne le vois presque jamais, comprends donc un peu !

- Oh ! Mais je comprends ! Ment-il, sans bouger pour autant.

- Emmanuel ! Lâche t-elle, la voix brisée. C'est toi que je vais épouser, pas lui !

- Quelle différence cela fait-il ? Demande t-il, en se retourant vers elle.

- Mais... Mais, qu'est-ce que tu as ?

- Rien. Hélya, rien. Ton << ami >> ne vient pas souvent te voir, et quand il est là, tu sembles oublier que tu as un petit ami, un futur mari ! Il n'y a plus que lui qui compte...

- Tu es jaloux ! Déclare t-elle, avant de rire légèrement.

- N'y a-t-il pas de quoi ? Demande t-il, sèchement.

- Mon Amour. Reprend t-elle, sérieuse, en lui prenant les mains et en plongeant son regard dans le sien. C'est toi que j'aime. Tu es ma raison de vivre. Je vais devenir ta femme, et mettre au Monde notre enfant. Que veux-tu d'autres ?

- Que tu m'aimes ! Souffle t-il, en collant son front au sien.

- C'est déjà le cas. Annonce t-elle, avant de déposer ses lèvres contre les siennes. »

Ses doigts s'entrelâcent avec les siens, et il détache doucement ses lèvres des siennes. Rassuré, il embrasse son cou, puis elle l'entraîne au rez-de-chaussé. La soirée n'est pas encore terminée. En bas, Alecthy semble s'adapter à l'ambiance, et Christophe semble plus détendu que d'habitude, lorsque le jeune homme est là. Posté derrière Elody, Quentin l'entoure de ses bras et ils se balancent doucement de droite à gauche. Main dans la main, Emmanuel et Hélya entrent dans le salon. Alecthy échange un regard et un sourire avec la jeune femme, et Hélèna chatouille sa fille. Puis, Christophe quitte la pièce quelques secondes. Il revient armé d'une bouteille de champagne et de verres. Emmanuel ouvre la bouteille, faisant sursauter Abbygaël, et Christophe sert à tout le monde un verre de champagne. Réunit en un cercle, les huit amis lèvent leurs verres avant de crier en coeur :

« Joyeux Noël ! »

© 2008. Emmy.


___________________________

* Emilie. = Pour Mon Emilie à moi, Ma Fan'ette préférée. Ta présence est toujours très agréable pour moi, ta bonne humeur et tes nombreuses musiques m'inspirent. Merci, Miss. Je t'aime (L) !

* Akounamatata ! = Pour Ma Grand3 So3ur préfèrée, parce qu'il n'y a que toi pour me chanter cette chanson par sms, à minuit ! Merci d'être à mes côtés depuis deux ans, je ne sais pas ce que je ferais sans Toi. Tu m'as soutenue dans les pires moments, et tu as rigolé avec moi dans les meilleurs. Je te n'Aime !

* Je fais de Toi Mon Essentiel. = Pour Ma Meilleure Amie, en souvenir de ce jour où nous avons danser et chanter sur cette chanson, sur la place de la mairie. T'en souviens-tu ? Merci d'être là, d'être ma meilleure amie depuis une année, mais d'être mon amie d'enfance depuis once ans. Je t'aime <3 !

Et, encore une fois, Joyeux Noël et Bonne Année à tous, Merci de votre soutient à travers vos com's !

# Posté le mercredi 24 décembre 2008 20:14

Chapitre XXXVII« Ne t'inquiètes pas pour ça, dès qu'il aura deux ans, je lui apprendrais le piano ! »

Chapitre XXXVII« Ne t'inquiètes pas pour ça, dès qu'il aura deux ans, je lui apprendrais le piano ! »
La flamme brûle le bout de sa cigarette et il tire une première bouffée de nicotine. Il glisse son briquet dans la poche de son jean et referme les pans de sa veste sur son torse. Il pose son regard sur sa cigarette, la porte à ses lèvres et tire une nouvelle latte. Son regard océanique erre et il se plonge rapidement dans ses pensées. Il a passé la nuit à veiller sur celle qu'il aime. Elle est inconsciente, les médecins n'arrivent pas à comprendre cette replonge soudaine. Il est inquièt. Non, c'est même plus que ça ; il est mort d'inquiètude. Il craint que la tumeur ait décidé de refaire une apparîtion. Il a peur de perdre celle qu'il aime. Il sait qu'elle est une battante, qu'elle aura l'envie de vivre... Mais il craint qu'elle soit trop faible, physiquement et psychologiquement. Elle s'est battue une fois contre cette tumeur, et elle s'en est sortie. Mais cette fois, il a peur que cela soit plus difficile. Alors, il est là, à prendre une dose de nicotine. Une cigarette par heure. Cela l'oblige à laisser sa petite amie, quelques instants, et cela lui permet de prendre l'air. Et puis, Hélya n'est pas toute seule. Non, tout le reste de la troupe est avec elle. Aucuns d'entre eux n'a accepté de la laisser à l'hôpital. Ils sont bien tous trop inquièts pour rentrer se reposer, dormir quelques heures. Alors, ils dorment auprès de leur amie. Emmanuel tire une nouvelle latte, lâche sa fumée en posant son regard sur le sol. Il profite de ce court instant de solitude pour faire le point, comme à chaque fois. Il aime Hélya plus que tout au monde, il s'est même surpris à avoir envie d'être le père de ses enfants. Mais il refuse de faire de grands projets, comme par exemple habiter avec elle dans un appartement ou une maison, à leurs noms, ou bien... Ou bien l'épouser, et fonder une famille avec elle. Oui, il y pense. Elle n'en sait rien, et elle n'en saura sûrement rien, mais le fait qu'elle soit à l'hôpital le fait réfléchir. Davantage qu'à l'accoutumée. La Vie est courte, il faut en profiter. Son regard s'humidifie mais il refuse les larmes. Il tire sur sa cigarette, relève la tête et observe les entrées et sorties de l'hôpital. Il glisse sa main libre dans sa poche, joue un peu avec son briquet. Il s'apprête à tirer à nouveau sur sa cigarette, quand un médecin s'approche de lui. Emmanuel baisse son bras, se débarasse de sa cendre et observe le médecin qui s'approche de lui à grands pas. Rapidement, les deux hommes se retrouvent côte à côte. Le médecin fouille dans ses poches, tire une cigarette d'un paquet à peine entammé et tapote ses poches de pantalon. Emmanuel tire son briquet de sa poche et le tend au médecin. Celui-ci le remercie, l'utilise, et le lui rend. Emmanuel tire une latte, expire sa fumée à l'opposé du médecin puis repose son regard sur lui. Le médecin tire sur sa cigarette, expire sa fumée et s'adresse au jeune artiste.

« Vous êtes le petit ami de la jeune femme plongée dans le coma, c'est bien ça ? Demande le médecin avant de tirer à nouveau sur sa cigarette.

- Oui, c'est moi. Vous vous occupez d'elle ?

- Oui. Dit-il en hochant la tête, avant d'expirer un nuage de fumée.

- Est-ce que vous avez des nouvelles ? Demande t-il, son inquiètude reprenant sur le calme imposé par la nicotine.

- Quelques unes. Répond-t-il, avant de tirer sur sa cigarette et d'en expirer la fumée. Son état semble stable, on attends les résultats sanguins qui ne devraient pas tarder. On attends aussi qu'elle se réveille, afin de pouvoir lui faire passer un scanner. Sauf si bien sûr, sa soeur est d'accord pour signer une autorisation. Mais d'abord, on cherche à savoir s'il y a la trace de quelque chose dans son sang. A l'heure qu'il est, je ne peux pas vous dire beaucoups de choses. Seulement que normalement, il n'y a aucunes raisons pour qu'elle ne se réveille pas d'une minute à l'autre, et qu'elle ne semble pas en très grand danger.

- D'accord, merci Docteur. »

Il tire la dernière latte de sa cigarette et l'écrase sur le sol. Il expire la fumée par le nez et pénètre à nouveau dans l'hôpital. Il échange un regard avec l'hôtesse d'accueil, s'engouffre dans un ascenseur et monte jusqu'au troisième étage. Il longe le couloir et entre sans un bruit dans la chambre attribuée à sa petite amie. Lorsqu'il referme la porte, c'est Christophe qui se lève. Ils échangent un regard, et le jeune homme quitte la pièce. C'est à lui d'aller fumer. Emmanuel s'approche de la fenêtre, pose son regard sur le soleil qui se lève lentement. Puis, il se retourne et son regard vagabonde à travers la pièce. Dans le fauteuil près du lit, il y a Hélèna et Abbygaël, toutes les deux endormies profondéments. Assis sur une chaise, à quelques centimètres de lui, il y a Quentin et sur ses genoux, il y a Elody. Eux aussi, profondément endormis. Et assis sur la table, le dos contre le mur, il y a Alecthy. Lui aussi, il semble dormir. Son regard océanique se pose alors sur celle qu'il aime, allongée sur ce lit d'hôpital. Doucement, il s'approche. D'abord, il prend la main de la jeune femme dans la sienne. Puis, il passe son autre main dans les cheveux de la jeune femme. Il approche son visage du sien et dépose un tendre baiser sur son front. Il pose son front contre le sien, et ferme les yeux. Il reste ainsi un court instant, puis il ouvre à nouveau les yeux et admire le visage de sa petite amie. Une larme glisse le long de sa joue et il sourit tristement en s'imaginant ce qu'elle dirait en le voyant pleurer. Elle tendrait sûrement le bras, chasserait de son pouce ses larmes et lui dirait qu'elle va bien, qu'il n'a pas à s'en faire. Deux nouvelles larmes glissent le long de ses joues, et il ferme à nouveau les yeux. Il respire l'odeur de sa petite amie. La vanille, douce et appaisante. Il reste ainsi quelques instants, jusqu'au moment où quelqu'un entre dans la pièce. Emmanuel ouvre les yeux, se redresse et pose son regard vers l'entrée. Christophe revient de sa pause cigarette. Ils échangent un court regard, et Emmanuel repose le sien sur le corps de sa petite amie. Du bout des doigts, il caresse les contours de ceux d'Hélya. Christophe s'approche d'Hélèna et Abbygaël, il dépose un tendre baiser sur le front d'Hélèna, celle-ci ouvre les yeux et ils échangent un léger sourire. Christophe prend Abbygaël dans ses bras et ils échangent leurs places. Le jeune homme se retrouve sur la chaise, avec sa fille profondément endormie, et Hélèna quitte la pièce après avoir jeté un regard attentif à sa soeur. Elle traverse le couloir et se rend au bureau des infirmières. Elle apprend que le médecin vient de recevoir les résultats sanguins. Hélèna joue légèrement avec ses doigts, signe de son angoisse, avant de se retourner et de tomber nez à nez avec le médecin. Ils échangent un faible sourire et il l'invite à le rejoindre dans son bureau. Une fois seule avec lui dans cette petite pièce, Hélèna ne parvient presque plus à contenir son angoisse. Elle tremble, se ronge les ongles. D'une voix masculine qui se veut rassurante, le médecin tente de la calmer. Hélèna étant à peu près calme et ne tremblant presque plus, il commence ses explications :

« Bien. Il y a des choses positives, et d'autres négatives. Commence t-il en observant la feuille posée devant lui. D'abord, je vais avoir un petit souci. Au regard de ses résultats, je devrais l'envoyer directement faire un scanner, qu'elle soit éveillée ou non. Ce scanner pourrait me permettre de savoir si la tumeur est vraiment de retour, ou s'il s'agit d'une simulation de la part de son cerveau. Mais dans sa situation, ce serait mettre une vie en danger, alors cela m'est impossible...

- De quoi parlez-vous, Docteur ? De quelle vie parlez-vous, à part celle de ma soeur ? Interroge Hélèna, ne comprenant pas tout. Si ce scanner peut nous aider à la traiter, pourquoi l'empêcher ?

- Mais, Mademoiselle... Reprend t-il, surpris de sa réaction. Votre soeur ne vous a pas mise au courant ?

- Au courant de quoi ? Arrêtez les mystères, s'il vous plaît ! Supplie Hélèna, que l'angoisse reprend brusquement.

- Mademoiselle Hélya est enceinte ! Annonce t-il, légèrement souriant.

- Quoi ?! Comment... Comment est-ce possible ? S'écrie t-elle, sous le choc, une main devant sa bouche.

- Eh bien! Je suppose qu'elle a dû s'y prendre comme chacun de nous le ferait !

- Non ! Je ne vous parle pas de ça ! Comment est-ce qu'elle a pu me cacher une chose pareille ?! Je suis sa soeur... !

- Mais, regardez par vous-même, les résultats sont formels... Dit le médecin, en tournant la feuille vers Hélèna.

- De combien de temps est-elle enceinte ? Demande t-elle, sans poser son regard sur la feuille.

- Un mois.

- Et... Et si on fait ce scanner, cela tuera l'enfant, n'est-ce pas ?

- C'est fort possible, en effet.

- Vous croyez que ma soeur est au courant, qu'elle sait qu'elle est enceinte ?

- Peut-être qu'elle n'en a pas la confirmation, mais elle a dû le sentir, les nausées matinales doivent être là depuis plusieurs jours déjà.

- Je... C'est à moi de prendre une décision ? Demande t-elle, le visage triste et le regard humide.

- Pour l'instant, rien ne nous oblige à lui faire passer un scanner. Il n'y a rien de vraiment affolant, même s'il est vrai qu'il nous serait plus facile de l'aider à se réveiller ou à la traiter si on savait comment se porte son cerveau. Mais, ceci dit, Hélya respire toute seule et elle n'est pas dans un coma très profond. Je pense qu'elle devrait se réveiller, du moins je ne vois pas de raison pour laquelle elle ne se réveillerait pas. Alors, vous pouvez attendre encore quelques heures, vous pouvez attendre que l'on en sâche un peu plus, pour prendre votre décision. Mais sâchez que si la tumeur est vraiment de retour, Hélya se réveillera en convulsant et qu'il nous faudra intervenir sur le champs, foetus ou pas foetus. »

Les larmes piquent ses paupières. Hélèna tente de retenir ses larmes, et un sanglot s'étrangle dans sa gorge. Ils échangent encore quelques mots, dont elle ne fait pas vraiment à attention. Elle promet de réfléchir au scanner, à la tumeur, puis quitte le bureau. Le médecin la regarde sortir et referme la porte derrière elle. Hélèna fais quelques pas, puis tombe nez à nez avec Emmanuel. Son regard océanique la fixe avec intensité, il sait qu'elle sort d'une discussion avec le médecin. Hélèna essuit rapidement ses larmes, renifle et offre un sourire forcé au jeune homme. Celui-ci continue de l'observer, et ne daigne pas répondre à son sourire. Elle lui cache quelque chose, il le sent. Doucement, il pose sa main sur le bras d'Hélèna.

« Hel... Qu'est-ce qui se passe, qu'a dis le médecin ?

- Il... Il a dit qu'il faut faire passer un scanner à Hélya, afin de savoir si la tumeur est bien revenue, ou s'il s'agit d'une simulation de son cerveau. Arrive t-elle à articuler, malgré les sanglots qui s'étranglent un à un dans sa gorge.

- Bien. Dit-il, en esquissant un léger sourire. Signe les papiers, et on lui fait passer ce scanner !

- Non... Sanglote t-elle, en s'écartant de lui. Je peux pas faire ça...

- Attends, Hélèna, qu'est-ce qui y a ? Tu as oublier de me dire quelque chose ? Demande t-il, en cherchant à la rejoindre, mais elle entre dans la chambre de sa soeur.

- Helly... Murmure t-elle, en s'approchant du lit. »

Sous les yeux interrogatifs d'Emmanuel, la jeune femme se penche au-dessus du corps inerte de sa soeur et embrasse son front. Elle serre sa main dans la sienne, et lui murmure entre ses sanglots qu'elle n'a pas la force de le faire, qu'elle ne peut pas lui annoncer cette nouvelle qui va boulverser sa vie. Elle lui murmure sans cesse combien elle est désolée, jusqu'au moment où une main tire sur son tee-shirt. Hélèna se retourne et constate qu'elle a réveilée tous ses amis. Elle s'excuse auprès d'eux, prend sa fille dans ses bras et tente de calmer ses sanglots. Emmanuel passe une main dans ses cheveux, puis croise le regard d'Alecthy. Il constate qu'il n'est pas le seul a être perturbé par Hélèna. Christophe prend Abbygaël dans ses bras, la donne à Alecthy et attrape sa petite amie par le bras. Il l'entraîne hors de la pièce, avant de l'obliger à sortir de l'hôpital. Il veut des explications. Emmanuel s'approche de sa petite amie, glisse sa main dans la sienne. Alecthy berce Abbygaël, tente de la rassurer. Quentin entraîne Elody hors de la pièce, en prétextant qu'ils vont boire un café. Dehors, devant l'hôpital, Hélèna fait les cents pas, sous les yeux interrogateurs de son petit ami, qui ne comprend pas son amoureuse. Il l'attrape par le bras, l'attire à lui et la serre dans ses bras.

« Qu'est-ce qu'il y a, Mon Amour ? Dis-moi ce qui ne va pas... Murmure t-il, en lui caressant le dos et en embrassant son front.

- Emmanuel... Commence t-elle, avant de plonger son regard humide dans le sien. Emmanuel va être papa... !

- Mais... Mais, c'est génial ! Se réjouit-il aussitôt, en souriant de toutes ses dents.

- Non ! S'écrie t-elle avant de taper son poing contre le torse de son petit ami, et de parler très vite : Hélya doit passer un scanner, et si elle le passe, si je signe les papiers, le bébé va mourir ! Emmanuel ne sait pas qu'elle est enceinte!

- Attends, attends. Calme-toi. Je suis là. Dit-il, avant de déposer un tendre baiser sur son front et de lui prendre les mains. Là, explique-moi. Tu dis qu'Emmanuel ne le sait pas ?

- Non ! Hélya est enceinte d'un mois, mais je ne sais même pas si elle le sait ! Et si elle passe ce scanner, elle va perdre le bébé !

- Pourquoi il veut lui faire passer un scanner ?

- Parce qu'il dit que c'est la seule solution de savoir si la tumeur est bien là, ou si c'est une simulation de son cerveau. Il dit que si on ne lui fait pas passer, et que la tumeur est bien revenue, elle pourrait se réveiller en convulsant et qu'il sera obligé de l'opérer, que le bébé soit là ou pas. Explique t-elle, les larmes roulant sur ses joues. Chris, Hélya peut y rester si jamais la tumeur est bien là et qu'on ne le sait pas...

- Mon ange... Murmure t-il, avant de l'embrasser à la comissure des lèvres. Tu n'as pas le droit d'accepter ce scanner et de risquer la vie du bébé. Mais tu n'as pas le droit non plus de risquer la vie de ta soeur pour cet enfant dont on ignore si elle sait qu'il existe ou non.

- Alors... Que dois-je faire ?

- La seule chose a faire serait de mettre Emmanuel au courant. Mais...

- ... Ce n'est pas à moi de lui dire ça...

- Je sais, Ma Puce. Dit-il, en la serrant contre son torse et en lui caressant les épaules. Personne à part Hélya n'a le droit de le faire. Mais malheureusement, elle ne le peut pas... Il laisse échapper un court soupir, puis dépose ses lèvres contre le front de la jeune femme. Il dit, en fermant les yeux, laissant couler quelques larmes : C'est moi qui le ferait. »

La discussion s'arrête là. Hélèna happe les lèvres de son petit ami, lui offre un amoureux baiser et lui transmet toute sa reconnaîssance. Christophe laisse couler encore quelques larmes, puis les essuit à l'aide de son pouce. Son bras entouré autour des hanches de sa petite amie, ils entrent à nouveau à l'intérieur de l'hôpital. A l'intérieur, ils croisent Quentin et Elody, et remontent avec eux jusqu'à la chambre d'Hélya. Dans le couloir, ils découvrent Alecthy et Emmanuel, face à face, et des éclats de voix leurs parviennent. Christophe comprend ce qui se passe, et intervient sur-le-champs. Il demande à Quentin d'entraîner Elody et Hélèna auprès d'Hélya et Abbygaël. Il attends que celui-ci se soit exécuté, puis il attrape Alecthy et Emmanuel par le bras. Il les regarde, tour à tour, et les écarte un peu de la porte, de manière à ce que leurs amis ne puissent pas les entendre.

« Bon, maintenant ça suffit, vous deux ! Dès qu'on vous laisse seuls cinq minutes, vous vous sautez dessus ! Enfin, merde! Hélya est dans un lit d'hôpital ! Ca vous suffit pas ? Faut qu'il y en ait un de vous deux qui s'y retrouve aussi, c'est ça ?

- Nan ! Mais c'est lui, il...

- Ta gueule, Alecthy ! Réplique sèchement Christophe, en les lâchant. Pas de provocation, c'est clair ? Vous aimez tous les deux la même femme, ça, j'ai compris, mais c'est pas le moment de vous faire la guerre, là !

- Il sait quelque chose ! Il sait pourquoi Hélya va mal ! Proteste Emmanuel, en pointant Alecthy du doigt. Il nous cache des choses, depuis le début !

- Alecthy, qu'est-ce que tu caches à Emmanuel ?

- Rien ! Juste un léger détail, que sa petite amie m'a fait promettre de garder secret ! Et moi, je tiens mes promesses ! Réplique t-il, en fixant Emmanuel.

- Va te faire foutre ! Crie le jeune artiste, en se détournant.

- Manu, calme-toi !

- Mais enfin, tu ne comprends pas ! Réplique t-il, les larmes aux yeux, avant de pointer Alecthy du doigt. C'est son amant ! C'EST SON AMANT ! Elle me trompe avec lui, et maintenant, maintenant elle lui confie des choses qu'il doit garder secret, même si elle est allongée sur un lit d'hôpital, entre la vie et la mort ! »

La voix grave et terrorisée d'Emmanuel résonne dans le couloir et attire l'attention. Les regards se posent sur eux, Emmanuel passe une main dans ses cheveux et se précipite vers l'escalier de secours. Il commence à descendre les marches en courant, quand Hélèna sort en appelant à l'aide de la chambre de sa soeur. Hélya convulse. Une équipe médicale entre dans la pièce, et ils se retrouvent tous dans le couloir. Abbygël pleure dans les bras de Quentin, Elody serre Hélèna contre elle et Christophe et Alecthy échangent des regards coupables. Sans se douter de ce qu'il se passe, Emmanuel quitte l'hôpital et s'engage dans la rue. Il sort de sa poche un paquet de cigarette et en allume une. Il tire quelques bouffées, puis la laisse glisser sur le sol, par inattention. Les larmes glissent le long de ses joues, il ne sait pas où il va aller se réfugier. Il continue d'avancer, sans vraiment regarder où il va. Il a l'impression qu'on vient de lui arracher le coeur. Christophe s'approche doucement d'Alecthy, et ils échangent quelques mots à voix basse. Le jeune artiste apprend ce qu'Alecthy cachait à Emmanuel. Ce matin, Hélya a été malade. Christophe hoche la tête mais ne dit rien, il n'annonce pas à Alecthy que son amie est enceinte. Il se contente de retourner auprès de sa petite amie, de la prendre dans ses bras et de l'embrasser. Abbygaël se réfugie dans les bras de son oncle Alec, Elody retrouve ainsi les bras sécurisant de Quentin.

Dans la chambre, le médecin tente de stabiliser l'état de sa patiente. Le corps de celle-ci est secoué par des spasmes violents, et il s'inquiète non seulement pour elle, mais aussi pour l'enfant qu'elle porte. Il demande aux infirmières de lui injecter différents produits, en faisant bien attention à ce que cela ne soit pas nocif pour l'enfant, mais il sait que si la jeune femme ne réagit pas à ces produits, il sera obligé de changer les doses et de, progressivement, tuer l'enfant, s'il veut la garder en vie. Ses doigts tenant les poignets de la jeune femme, il prie intérieurement pour qu'elle réagisse de la bonne manière aux injections. Les minutes s'écoulent, et les spasmes deviennent moins violents. Mais cela ne suffit pas à le rassurer. Il veut beaucoup plus. Il veut que sa patiente cesse de bouger, et qu'elle ouvre les yeux. Le jeune homme se penche au-dessus d'elle, lui examine les paupières et demande une nouvelle injection. Un peu plus risquée pour l'enfant, celle-ci, mais elle devrait faire réagir la jeune femme. Et à présent, ce qu'il veut, c'est la garder en vie.

La tête collée contre le mur du couloir, il ne cesse de voir le visage mouillé de larmes de son meilleur ami. Doucement, Christophe dépose un tendre baiser dans le cou de sa petite amie, s'excuse dans un murmure et s'échappe de son étreinte. Il se dirige vers les escaliers, d'un pas léger, puis se met à courir et les dévale à toute vitesse. Il traverse le hall d'entrée en courant, et attérit dehors, tout essoufflé. Il doit retrouver Emmanuel. Hélya a plus que jamais besoin de lui. Son regard vagabonde autour de lui, il cherche la direction à prendre. Soudain, il se décide et il se remet à courir. Il longe la rue, passe devant plusieurs bars, jete à chaque fois un oeil à l'intérieur, et finalement tombe nez à nez avec le portail d'un parc. Il admire, un court instant, les grands arbres qui y sont plantés, et comprend que son ami est venu se réfugier ici. Il entre, et marche tranquillement dans les allées, ses cinq sens en alerte. Son regard se pose sur une rangée de bancs, et il y découvre son meilleur ami. Emmanuel est assis, penché en avant, ses bras contre ses cuisses et sa tête entre ses jambes. Il semble reprendre sa respiration, et cacher ses sanglots. D'un pas léger et sans bruit, Christophe s'approche de son ami. Il dépose doucement une main sur son épaule, et s'asseoit à ses côtés. Emmanuel relève doucement la tête, avant de la tourner sur le côté. Il croise le regard de son meilleur ami et laisse échapper un léger soupir.

« C'est bizarre, mais j'étais certain que tu serais le premier à me trouver.

- Je suis ton meilleur ami. Répond simplement Christophe, après avoir laissé un blanc de quelques secondes. J'avoue que dans ma bouche, ces mots sont assez étrange... Mais dans la tienne, ils m'aident parfois à garder la tête haute, ou à ne pas t'exploser la tienne, quand tu réagis de cette manière.

- Christophe... Soupir t-il, en baissant la tête.

- Ah non, ça, j'te l'interdis ! Proteste le jeune homme, en se levant brusquement et en le fixant.

- Excuse-moi. Chris... Reprend Emmanuel, en laissant apparaître un semblant de sourire triste, mais sans relever la tête.

- J'préfère ça. Réplique t-il, en se rasseyant à ses côtés et en posant une main sur l'épaule de son meilleur ami.

- Ouais...

- Ecoute, Manu... Je t'avoue que si je suis là, ce n'est pas pour te tendre mon épaule, ou ma machoire, cette fois... Dit-il, sérieux tout à coup. J'ai deux choses à te dire. Manu, ces deux choses-là... Elles vont forcément te faire réagir... Et... Et j'm'en excuse par avance. J'suis désolé d'avoir à te dire ça...

- Accouche, Chris ! Réplique t-il, en relevant la tête et en fixant son meilleur ami droit dans les yeux.

- Quand tu es partis, deux minutes après, Hélya s'est mise à convulser. Annonce t-il, en fixant son meilleur ami. Une équipe médicale est avec elle...

- Et toi ?! Qu'est-ce que tu fais-là ?! Bon sang, mais pourquoi tu n'es pas resté avec Hélèna !? Les portables ça existe, Christophe ! S'écrie t-il, en se levant.

- Je savais que tu réagirais ainsi. Constate Christophe, en se levant à son tour. C'est vrai, j'aurais pu t'appeler. Mais la deuxième chose, je pouvais pas te le dire par téléphone.

- Qu'est-ce que tu as à me dire ? Demande t-il, avant de se mettre à hurler : Qu'est-ce que tu as à me dire de pire que ce que j'ai déjà entendu en quelques heures ?!

- Hélya est enceinte. Annonce t-il, ses yeux fixant ceux de son meilleur ami, d'une voix sereine. Tu vas être papa, Emmanuel. Si Hélya s'en sort, si le médecin arrive à la sauver sans mettre la vie de ton enfant en danger, tu vas être papa, Manu. »

C'est vrai, il s'était préparé à tout. Il s'était préparé à ce qu'il lui annonce que sa petite amie allait mourir, qu'il ne lui restait peut-être que quelques heures à vivre. Il s'était préparé au pire. Même au fait qu'Hélya soit liée à Alecthy, par le mariage ou d'une autre manière. Mais pas à ça. Pas à être père. Le jeune artiste se laisse tomber sur le banc, et penche la tête entre ses jambes. Assommé, il éclate en sanglots. Christophe s'asseoit à côté de lui et le prend contre son torse. Il serre son meilleur ami contre lui, lui murmure qu'il est là. Emmanuel laisse sa colère, contre Alecthy et contre lui-même, sortir à travers ses larmes. Dix minutes s'écoulent, et Christophe l'aide à se lever. Ils se dirigent à nouveau vers l'hôpital. Le jeune homme n'a plus qu'une chose en tête : Retourner auprès de celle qu'il aime, auprès de cette femme qui porte son futur enfant. Dix minutes s'écoulent à nouveau, et ils arrivent devant le bâtiment hospitalier. Emmanuel remercie son meilleur ami, et ils montent ensemble au troisième étage. Ils retrouvent leurs amis, toujours dans le couloir. Alecthy pose un regard désolé sur Emmanuel, Hélèna vient l'embrasser et Abbygaël le supplie du regard d'annoncer une bonne nouvelle. Emmanuel murmure quelques mots à Hélèna, échange un regard avec Quentin et se dirige vers la porte de la chambre. Il prend une grande inspiration et l'ouvre. Il entre doucement dans la pièce, et s'avance vers le lit de sa petite amie. Une infirmière s'approche de lui, commence à lui demander de sortir, mais le médecin s'interpose et demande à Emmanuel de s'approcher. Celui-ci s'exécute, et se retrouve aux côtés du médecin. Celui-ci tient dans sa main celle d'Hélya, et surveille les battements de son coeur. Elle semble bien réagir à la dernière injection, et il se dmble se rassurer de minutes en minutes. Il demande à Emmanuel de tendre sa main, et il y dépose doucement celle de la jeune femme. Emmanuel le remercie du regard et serre la main tiède de sa petite amie dans la sienne. Le médecin fait le tour du lit, et ralentit un peu la perfusion d'Hélya. Emmanuel passe sa main libre dans les cheveux de sa petite amie, son regard océanique fixé sur son visage sans couleurs, quand une machine émet un bip. Doucement, Hélya ouvre les yeux, Emmanuel laisse glisser quelques larmes et se penche au-dessus d'elle. Le médecin semble satisfait, et demande aux infirmières de quitter la pièce. Hélya sourit en découvrant le visage de son amoureux, et elle lève son bras perfusé jusqu'au visage du jeune artiste. Du bout des doigts, elle caresse ses joues, ses lèvres. Emmanuel la dévore des yeux, lui murmure des mots doux, Hélya sourit et il dépose ses lèvres contre les siennes. Ils échangent un doux baiser, puis Emmanuel s'écarte légèrement, se rappelant la présence du médecin. Celui-ci débranche une machine, arrête l'injection d'un liquide puis se retourne vers les deux amoureux, en souriant doucement.

« Vous êtes hors de danger, Mademoiselle. De plus, vous avez bien réagit aux injections, ce qui signifie que la vie de votre enfant n'a pas été mise en danger. Annonce t-il, les mains dans son dos. D'ici deux jours, vous pourrez rentrer chez vous, et moi, je vous revois pour l'accouchement. »

Un sourire, un clin d'oeil, et il quitte la pièce. Hélya serre brusquement la main d'Emmanuel, et il repose son regard sur elle. Elle le fixe, perturbée.

« Je suis enceinte ? Demande t'elle, la voix tremblante.

- Mon dieu ! Alors, tu ne le savais pas ?

- Mais non ! Non ! Proteste t-elle, au bord des larmes. Tu aurais été le premier à le savoir, si je l'avais su !

- Je t'aime, Mon Amour. Si tu savais comme je t'aime ! Dit-il, avant de coller ses lèvres aux siennes et de l'embrasser amoureusement.

- Manu... Dit-elle, en séparant doucement leurs lèvres et en plongeant son regard dans le sien. Qui te l'as dis ? Le médecin ?

- Christophe. Annonce t-il, en caressant le dessus de la main de la jeune femme avec son pouce. J'imagine que le médecin l'a dit à Hélèna, et qu'elle s'est confiée à Christophe...

- Comme la première fois...

- Comme la première fois.

- Manu, on va être parents ! Réplique t-elle, en caressant la joue du jeune homme.

- C'est merveilleux, n'est-ce pas ? Demande t-il, les yeux brillants d'amour.

- Oui... Oui... Mais je suis jeune... Et je croyais que tu voulais attendre, que tu avais toute ta vie devant toi, même si tu avais envie d'être papa...

- C'est vrai. Avoue t-il, en s'asseyant auprès d'elle et en lui caressant le front du bout des doigts. Tu es jeune, et tu vas sûrement reprendre tes études dans un mois... Et moi, je suis un artiste qui débute, je vais bientôt commencer à travailler sur mon deuxième album, ce qui signifique que j'aurais probablement une tournée l'année des un an de notre enfant... Et c'est vrai que je t'avais dis que je voulais attendre... Mais l'enfant est là, Hélya. Il pose sa main sur le ventre de la jeune femme. Il est là, et il grandit en toi... Un morceau de toi et moi... Un mélange de ta beauté et de mon sale caractère... Mon ange... Si tu savais comme j'ai envie de te voir dans le rôle de mère, et comme j'ai envie d'apprendre à changer des couches !

- Manu ! Dit-elle, avant d'éclater d'un doux rire, puis de reprendre son sérieux. Il n'y a pas que les couches, tu le sais... Il lui faudra une éducation...

- Ne t'inquiètes pas pour ça, dès qu'il aura deux ans, je lui apprendrais le piano !

- Mon Amour. Dit-elle, en lui prenant les mains et en plongeant son regard dans le sien. Tu es prêt ? Est-ce que tu es vraiment prêt ?

- La question est plutôt la suivante ; Est-ce que tu veux cet enfant ?

- Je veux cet enfant, si tu veux cet enfant. Dit-elle, en souriant légèrement. S'il vient au monde, il représentera notre amour...

- Le fruit de notre amour. Continue t-il, avant de l'embrasser légèrement et de lui murmurer, ses lèvres collées aux siennes : Je le veux. Et toi, le veux-tu ?

- Je le veux. Murmure t-elle de la même manière, avant de sourire légèrement. Je t'aime, Emmanuel.

- Moi aussi, Mon Amour. »

Ils échangent un doux baiser, jusqu'au moment où un tocquement se fait entendre. Ils se séparent, et leurs amis entrent dans la pièce. Hélèna vient prendre sa soeur dans ses bras, Christophe dépose un tendre baiser sur son front, Abbygaël se précipite dans les bras de sa tante. Quentin échange un sourire avec Hélya, Elody lui prend la main quelques instants. Seul Alecthy reste à l'écart, avec la promesse dans son regard, de lui dire toutes les choses qui lui passent par la tête, une fois qu'elle sera sortie de l'hôpital. Hélya pose sur lui un regard tendre, lui demandant presque de s'approcher, mais il ne le fait pas, et elle en connaît les raisons. Christophe entoure la taille de sa petite amie avec ses bras, et dépose son menton dans son cou. Sur leurs visages, c'est un sourire appaisé et heureux qui se dessine, peu à peu. Emmanuel croise le regard d'Hélya, et ils se décident à faire leur annonce. Main dans la main, les mots sortent de la bouche d'Hélya, et les sourires s'agrandissent sur leurs visages. Abbygaël sautille de joie, demande s'il s'agit d'un garçon ou d'une fille. Sa mère lui explique très clairement qu'ils ne peuvent pas encore savoir, que le bébé est encore trop petit. Et la fillette, passionnée par cet événement, demande à toucher le ventre de sa tante. Hélya rit, amusée de l'innocence et la curiosité de sa nièce, et la laisse approcher. Elle prend la petite main d'enfant dans la sienne, et la dépose sur son ventre. Abbygaël ne bouge alors plus, attentive aux mouvements possibles sous sa paume. Mais elle ne sent rien, et une grimace triste se dessine sur son visage. Alors, cette fois, c'est Christophe qui lui explique qu'à nouveau, le bébé est trop petit. Abbygaël pose alors son regard sur le ventre de sa tante, et annonce, les sourcils froncés et l'index dressé :

« Tu as intérêt à grandir, petit bébé ! Moi, j'veux savoir si t'es un garçon ou une fille, et j'veux sentir si tu donnes des coups à ma tata ! »

Et ces mots enfantins déclanchent des rires tendre et amusés. Abbygaël retrouve les bras de sa mère, et ils échangent quelques mots, tous réunit dans cette chambre d'hôpital.


***

Une semaine plus tard

Doucement, dans un bruit de vêtements froissés, elle dévale les escaliers. Au bas des marches, elle resserre les pans de son peignoir en coton. Quelques pas encore, puis elle étend le bras, pose ses doigts sur la poignée et se retrouve dehors. Elle ferme les yeux lorsqu'une bourasque de vent frais vient fouetter son visage. Elle referme doucement la porte, et rouvre les yeux. Il est là, assis sur la quatrième marche, une tasse de café à la main. Elle l'observe ainsi, hésitante, puis le rejoint sans un bruit. Il ne détourne pas son joli regard noisette, mais il sait qu'elle est là. Il sait qui elle est, et pourquoi elle est là, auprès de lui, à admirer l'aube de cette journée. Il porte la tasse à ses lèvres, elle ne détache pas son regard de lui. Une semaine s'est écoulée, depuis son hospitalisation. Et en une semaine, il s'est passé beaucoup de choses. Ils ont fêtés le 14 Juillet à Carpentras, et ils ont organisés une magnifique surprise-partie pour l'anniversaire de la mère à Christophe. D'agréables moments, après quelques jours d'inquiétude et d'hôpital. Et bien sûr, ils sont rentrés à Paris. Tous ensemble. Mais en une semaine, il ne lui a pas adressé la parole. Il n'a pas laisser s'échapper les mots qui hantent son crâne, son esprit. Il sait que ces mots vont la blesser, et il retarde ce moment au maximum. Il souffre d'avance des cris, des pleurs, de la souffrance qu'il va lire sur son visage. Son visage, qu'il apprécie tant. Il avale deux gorgées de café, et résiste à l'envie de plonger son regard dans le sien. Elle le fixe, avec insistance, il le sait. Elle attend qu'il cède, qu'il tourne son visage vers elle et qu'elle puisse croiser son regard. Mais, il en a décidé autrement. Il ne cédera pas. Alors, elle attend. Elle attend jusqu'au moment où elle perd patience, où elle se lève et termine de descendre la volée de marche. Elle s'avance dans l'allée, pieds nus, les pans de son peignoir voltigeant dans les airs. Elle s'avance, sans se soucier de la douleur naîssante, et il se lève, brusquement. Elle s'arrête, se retourne. Leurs regards se croisent. Son regard émeraude est humide, il refuse de prononcer les mots que son coeur a déjà deviné. Son regard noisette est éteins, elle lui semble déjà atteinte par la tristesse. Il soupir. Une larme glisse le long de sa joue, elle le dévore des yeux, entre ses larmes. D'un pas léger, presque mou, il descend les escaliers. Sur la dernière marche, il dépose sa tasse vide. Il s'approche.

« Bonjour. Murmure t-il, en s'arrêtant à quelques centimètres d'elle.

- Bonjour. Réplique t-elle, la voix brisée par les sanglots qu'elle s'efforce d'étrangler.

- Comment vas-tu, Bella ?

- Cet instant fait partis de ceux qui sont extrêment rares. Que vaut celui-ci ? Tu n'as pas dormis cette nuit, n'est-ce pas ? Pourquoi, cela ? Qu'est-ce qui te préoccupe autant ?

- J'avais oublié ton art pour les entrées en matière. Soupir t-il, avant de passer une main dans ses cheveux.

- Tu n'as pas répondu à ma question. Proteste-t-elle, en le fixant avec détermination.

- Helly. Parfois, je me demande si tu ne vis pas dans un autre monde. Soupir t-il à nouveau, avant de plonger son regard dans le sien. Tu sais ce que j'ai à te dire...

- ... Mais ?

- Mais, tu sais comme moi que tu ne veux pas entendre ces mots. Alors, j'ai décidé de ne rien dire.

- Oui, très bien ! S'énerve t-elle, en écratant un peu les bras. Tu ne dis rien, et un beau matin, tu disparaîs ! Non, merci, j'y ai déjà goûté !

- Je t'avais fais une promesse, avant de disparaître ! Réplique t-il séchement, en la fixant à son tour. Et je l'ai tenue !

- Alors, promets-moi. Murmure t-elle, brusquement plus calme, le regard humide.

- Je te promet de passer te voir le jour de Noël. Et je te promet d'être là, quand il montrera le bout de son nez... Murmure t-il, avant de poser sa main sur le ventre de la jeune femme.

- Fais attention, tu viens de promettre deux choses...

- Tu sais que je les tiendrais. Dit-il, avec un doux sourire. Pour Toi, je tiendrais toutes les promesses du Monde...

- Je t'aime. Murmure t-elle, avant de passer ses bras autour du cou du jeune homme et de se serrer contre son torse. Quand pars-tu ?

- Quand le temps sera venu. Murmure t-il, très bas, à l'oreille de son amie, en la serrant contre lui. »

Il dépose un tendre baiser sur le front de la jeune femme, ils échangent un léger sourire puis se séparent. Un bras autour de sa taille, il entraîne sa jeune amie à l'intérieur. Ensemble, ils récupèrent la tasse à café et pénètrent dans le manoir. Ils entrent dans la cuisine, et se séparent. Alecthy se penche au-dessus de l'évier et lave sa tasse. Hélya s'appuie sur ses paumes et s'assoit sur le plan de travail. Le silence s'intalle entre eux, jusqu'au moment où Hélèna entre dans la pièce. Elle salue ses proches, et ouvre le frigo en bâillant. Il est neuf heures du matin. Elle sort une brique de lait, la dépose sur la table et referme le frigo. Alecthy pose sa tasse sur l'égoutoir et arrête l'eau. Hélya descend du plan de travail, passe une main dans ses cheveux bruns. Hélèna sort un verre du placard, se sert et avale quelques gorgées du brevage frais. Ils échangent un regard, et Hélèna pose son verre sur la table.

« Nos hommes sont-ils rentrés ? Demande t-elle, d'une voix douce, à sa soeur.

- Non, pas encore. Soupir Hélya, avant de resserrer les pans de son peignoir.

- Ne t'inquiètes pas, il est entre de bonnes mains. Réplique Hélèna, avant d'avaler une gorgée de lait.

- Ce n'est pas pour lui que je m'inquiète... C'est plutôt pour Christophe. Soupir t-elle à nouveau, en jouant avec une de ses mèches brunes.

- Christophe saura gérer la situation. Déclare Alecthy, en entrant dans la conversation. Il l'a déjà montré à plusieurs reprises...

- Oui, Alec a raison...

- Jusqu'ici, Emmanuel est resté calme. S'il s'énerve, Chris le sait, il ne pourra pas le retenir. Annonce Hélya, le regard sombre, d'une voix sèche.

- Ils sont partis à 5h, il ne devraient pas tarder à rentrer, Helly, rassure-toi.

- Encore une fois, ce n'est pas Emmanuel qui m'inquiète. Soupir t-elle, avant de quitter la pièce.

- Hélèna. Murmure Alecthy, en s'approchant de la jeune femme. As-tu une idée d'où ils se trouvent ?

- Non, Alec. Et quand bien même...

- Réfléchis, s'il te plaît...

- Ecoute, je sais que tu veux les aider... Murmure t-elle, en le fixant. Mais s'ils se sont éclipsés en pleine nuit, c'est pour être seuls... Ils vont revenir, d'ici quelques minutes.

- Oui, mais, dans quel état ? »

Ces mots résonnent à ses oreilles, et Hélèna détourne le regard. Alecthy laisse échapper un doux soupir et quitte à la pièce à son tour. Il entre dans le salon, s'appuie contre l'embrasure de la porte et observe son amie, installée à quelques mètres de lui, au piano à queue. Il l'admire, tâchant de fixer cette image dans ses souvenirs. Hélya plaque un accord, et commence à jouer une mélodie nouvelle. Une mélodie qu'elle invente, au fur et à mesure. La mélodie est triste, avec quelques notes violentes et brusques. Elle semble traduire ses sentiments et ses émotions en notes. Alecthy croise les bras, et continue de l'observer, jusqu'au moment où des pas résonnent dans son dos. Il ne se retourne pas, mais bientôt des mains se posent sur ses cuisses. Le jeune homme baisse la tête et croise le regard joyeux de sa nièce. Il sourit, la soulève et la prend contre son torse. Abbygaël dépose un baiser sur la joue de son oncle, puis tourne la tête en suivant le regard de celui-ci. Elle découvre sa tante, au piano, et remarque qu'une mélodie résonne à travers la pièce. Alecthy observe, quelques instants encore, Hélya, puis il détourne la tête et emmène sa nièce dans la pièce d'à côté. Il dépose Abbygaël sur une chaise, l'approche de la table et lui prépare son petit déjeuné. Hélèna monte se doucher à l'étage, et la porte d'entrée s'ouvre brusquement, laissant entrer une bourasque de vent frais. Christophe et Emmanuel apparaîssent dans l'entrée. Ils retirent leurs manteaux respectifs, et se séparent. Emmanuel entre dans la cuisine, Christophe monte à l'étage. Alecthy pose son regard sur le jeune artiste, et ils échangent un regard sans regrêts. D'un geste du menton, Alecthy lui indique la pièce d'à côté. Emmanuel hoche légèrement la tête, dépose un baiser sur la joue de sa nièce et entre dans le salon. D'un pas léger, sans bruits, il s'approche du piano à queue. Dans le dos d'Hélya, il s'agenouille et dépose doucement ses lèvres dans le cou de la jeune femme. Il y dépose plusieurs baisers, jusqu'à ce que les doigts de la jeune femme quittent les touches du clavier pour parcourir la nuque du jeune homme. Hélya ferme les yeux, penche la tête en arrière et happe les lèvres de son petit ami. Sans lâcher ses lèvres, elle se lève et se retrouve plaquée contre le torse du jeune artiste. Ses mains féminines se baladent de sa nuque à son dos, et il sourit en séparant leurs lèvres.

« Comment vas-tu ? Murmure t-elle, à quelques centimètres de son visage.

- Bien. Christophe s'est bien occupé de moi.

- Je penserais à le remercier, quand je le croiserais.

- Et comment vas mon petit chou ? Demande t-il, en posant une main sur le ventre d'Hélya.

- J'ai encore eû la nausée ce matin, mais sinon, ça à l'air d'aller. Répond-t-elle, avec un léger sourire.

- Bien. Il va falloir commencer à chercher un prénom, n'est-ce pas ! Dit-il, avant d'embrasser le front de sa petite amie. Une idée, Mon Coeur ?

- Je pense qu'on devrait attendre de savoir si c'est un garçon ou une fille, avant.

- Hum. Oui, si tu veux. Bien. Un bain, ça te tente ? »

Les lèvres d'Hélya s'étirent en un doux sourire, et il glisse ses mains autour de son corps. Doucement, il la soulève et la prend dans ses bras. Ils traversent la cuisine, où Hélya croise le regard d'Alecthy, avant de monter à l'étage. Ils entrent dans la chambre de la jeune femme et se retrouvent dans la salle de bain. Christophe, de son côté, a rejoint la chambre de sa petite amie, et s'est étalé sur le lit en attendant qu'elle quitte la salle de bain. Lorsqu'Hélèna entre dans la chambre, une serviette enroulée autour de la taille, elle sourit en le découvrant. Elle bondit et s'allonge sur lui. Ils échangent un doux baiser et il la serre contre son torse. Hélèna ferme les yeux et entame avec lui une discussion entre murmures. Dans la cuisine, Abbygaël déguste un croissant, quand son oncle se penche vers elle. Il passe une main dans les boucles blondes de la fillette, l'embrasse sur la joue. Il sait que le moment de partir approche à grands pas. Sans bruits, il monte à l'étage. Il entre dans sa chambre, attrape deux enveloppes, un sac de voyage et enfile une veste de cuir. Il dépose son sac dans le couloir, entre discrètement dans la chambre d'Hélya. De la salle de bain, il entend les rires de la jeune femme, et le bruit de l'eau qui coule dans la baignoire. Il ouvre le premier tiroir de la l'armoire d'Hélya, y dépose la première enveloppe. Puis, il fait le tour du lit, s'approche d'une chaise et glisse la deuxième enveloppe dans la veste d'Emmanuel. Cela fait, il quitte la pièce en refermant doucement la porte. Il attrape son sac, et descend au rez-de-chaussé. Abbygaël n'a pas bougée, elle l'observe depuis la table. Alecthy lui sourit, et met son index devant ses lèvres, signe que la fillette ne devra rien dire. Abbygaël hoche la tête, et une larme glisse le long de sa joue. Alecthy lui sourit avec tendresse, puis il disparaît.

Quelques minutes plus tard, Emmanuel et Hélya quittent la salle de bain. La jeune femme s'approche de son armoire, dans le but d'en sortir des vêtements propres, et en ouvre le premier tiroir, comme à son habitude. Son regard émeraude se pose sur un rectangle blanc, sur lequel son nom est inscrit, en noir, d'une écriture si familière... Son regard s'humidifie aussitôt et elle l'attrape, l'ouvre presque en déchirant les bords et en sort une feuille blanche pliée en deux. Elle l'a déplie, et retrouve l'écriture familière, en quelques mots :

« Le moment est venu. Soit heureuse, tu es entre de bonnes mains.
Prend soin de toi. A bientôt. Je t'aime
. »

Son coeur s'accélère, les larmes montent et elle enfile rapidement ce qui lui tombe sous la main ; un jean bleu foncé, une chemise blanche et des Converses turquoises. Elle se précipite hors de la chambre, Emmanuel enfile rapidement un jean et la poursuit jusqu'en bas des escaliers. Les joues humides, Hélya fixe sa nièce, encore assise à la table de la cuisine.

« Combien de temps ?! Abbygaël, depuis combien de temps est-il parti ?

- Un... Un quart d'heure. Répond la fillette, d'une voix faible.

- MERDE ! »

Hélya se précipite dehors, laissant seuls Emmanuel et Abbygaël. Elle traverse l'allée en courant et s'engouffre dans un taxi. Elle demande l'aéroport, et indique que la course est urgente. Emmanuel laisse échapper un soupir, ça recommence. Il remonte à l'étage, s'habille et redescend tenir compagnie à Abbygaël. Quelques minutes plus tard, Hélèna et Christophe descendent à la cuisine. Hélèna demande où se trouve sa soeur, Emmanuel lui explique qu'elle est partie sans rien dire. La jeune femme comprend alors ce qu'il se passe, et son regard s'humidifie. Christophe la prend dans ses bras, Abbygaël se réfugie à l'étage. Emmanuel se sent impuissant, sa petite amie coure après un homme qu'il ne connaît pas. Quelqu'un frappe à la porte. Le jeune artiste se lève et ouvre la porte à ses amis ; Quentin et Elody. Ils s'installent au salon, et Emmanuel pose un regard triste sur le piano.

***

Son coeur bat à la chamade. Le taxi s'arrête, elle le paye et s'engouffre à l'intérieur de l'aéroport. Le regard en l'air, elle cherche le vol qu'il a dû choisir. Elle repère le terminal, et se met à courir. Elle traverse la moitié de l'aéroport en courant, avant d'arriver enfin au bon terminal. Son regard émeraude vagabonde, à la recherche d'une silhouette familière. D'un seul coup, elle le repère. Il se prépare à embarquer. Mais elle, elle n'est pas d'accord. Sans s'excuser, elle double une dizaines de personnes, jusqu'à arriver dans son dos. Elle pose les paumes de ses mains dans le dos du jeune homme, et il se retourne aussitôt. Son regard croise le sien, et il s'étonne de la voir ici. Ils s'écartent de la file, elle pose ses mains sur son torse, l'oblige à lâcher son sac. Il pose ses doigts sur les poignets fins de son amie, fixe son regard noisette dans l'océan vert qui l'observe. Elle colle son front au sien, son regard est déterminé.

« Je refuse que tu disparaîsse ! Je refuse de passer cinq mois sans toi, sans avoir même de tes nouvelles ! Dit-elle, en le fixant. Reste. Ne pars pas. Ne t'en vas pas. S'il te plaît.

- Hélya. Je t'aime de tout mon coeur... Mais... Je ne peux rester. Répond-t-il, en caressant doucement les mains de la jeune femme. Tu es avec Emmanuel, tu vas mettre au monde son enfant... Et, qui sait, peut-être deviendras-tu sa femme. Tu as tout pour être heureuse, Helly, ne gâche pas ce bonheur pour un amour insatisfait et éloigné. S'il te plaît...

- Parce que tu le veux ! Mon amour est insatisfait et éloigné, parce que tu le veux ! Grogne t-elle, en posant ses mains sur les joues du jeune homme.

- Qu'est-ce que cinq mois, à côté de cinq ans ?

- Je ne veux pas que tu partes. Reste avec moi. Reste avec moi, et je serais vraiment heureuse. Dit-elle, avant d'approcher ses lèvres de siennes. Je déteste te savoir loin de moi.

- C'est Emmanuel que tu aimes. C'est lui que tu veux. C'est lui que tu as mis dans ton lit, c'est lui le père de ton futur enfant. Déclare t-il, en rapprochant légèrement ses lèvres de celles de la jeune femme. Tu ne te trompes pas en le choissisant. Fais-moi confiance.

- Embrasse-moi. Murmure t-elle, son regard émeraude plus vif que jamais.

- ... Non... Je.. Je ne peux pas faire ça. Dit-il, leurs lèvres séparés par quelques milimètres, à présent.

- Le dernier. Murmure t-elle, à nouveau, en le fixant, le suppliant presque du regard. Et je te laisse partir. Promis.

- Le dernier. Murmure t-il à son tour, avant de déposer ses lèvres sur les siennes. »

Alecthy l'entraîne dans un tendre baiser, Hélya le prolonge avec douceur. Lentement, leurs lèvres s'éloignent, et elle s'écarte de lui. Elle le regarde partir, il se retourne juste avant de disparaître de sa vue. Elle lui sourit tristement, et les larmes glissent le long de ses joues. Elle s'approche d'une baie vitrée, regarde son avion décoller. Quelques minutes s'écoulent, puis elle quitte l'aéroport et s'engouffre dans un taxi. A l'intérieur, elle éclate en sanglots. Le taxi la dépose devant le portail du manoir, elle le paye et en descend. Elle sèche ses larmes, travers l'allée d'un pas léger et entre à l'intérieur. Elle croise Emmanuel, qui vient d'enfiler sa veste, et s'apprête à sortir. Elle pose ses lèvres sur les siennes, l'entraîne dans un tendre baiser, puis sépare leurs lèvres et monte se réfugier dans sa chambre. Etalée sur son lit, elle laisse éclater sa tristesse et sa colère. Emmanuel sort sur le perron, glisse ses mains dans ses poches à la recherche de son paquet de cigarettes. Mais ce n'est pas son paquet qu'il tire de sa poche. C'est l'enveloppe glissée par les soins d'Alecthy. Il l'ouvre, en tire la feuille blanche et la déplie. Son regard océan parcourt la feuille, et il lit l'écriture, qu'il sait masculine :

« Je m'en vais. Prend soin d'elle. Rend-la heureuse, car si elle ne l'es pas, je le saurais.
Désolé que nos relations n'aient pas été très sympathiques. La prochaine fois, tout sera différent.
Si l'envie te viens, épouse-la, je suis sûr que la famille que vous allez former à besoin de cette union.
A bientôt. Et n'oublis pas, je compte sur toi. Protège-la de ses démons.
»

Un doux sourire se dessine sur ses lèvres, il range l'enveloppe dans sa poche et en sort de l'autre son paquet de cigarette. Il en tire une du paquet, le range et fouille ses poches à la recherche d'un briquet. Quelques secondes plus tard, la flamme brûle le bout de sa cigarette et il tire une première bouffée de nicotine.


© 2008. Emmy.

[A nouveau, je vous ai fais patienter... Pardonnez-moi. J'espère que ce chapitre vous fera oublier l'attente. J'espère que ma fanfiction vous plaît toujours autant. Bon, ce chapitre n'est pas super... Je n'en suis pas fière. Je m'appliquerais davantage sur le prochain, c'est promis. Merci pour toutes ces visites et ces com's. ManuHelya.]

# Posté le dimanche 21 décembre 2008 10:03